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Billet de blog 29 décembre 2025

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Attaque antisémite de Bondi Beach

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Attaque antisémite de Bondi Beach : l’horreur du massacre, l’obscénité de la récupération

Dimanche 14 décembre 2025, une fusillade ciblant une célébration publique de Hanoukka a éclaté sur la plage de Bondi Beach à Sydney, causant la mort de 15 personnes et faisant plus de 70 blessé·es. Nous exprimons notre effroi face à ce massacre, et tenons à saluer l’héroïsme d’Ahmed al-Ahmed, un passant qui s’est jeté sur l’un des assaillants pour le désarmer au péril de sa vie et au prix de graves blessures, permettant ainsi d’éviter un bilan encore plus lourd. 

Si le caractère antisémite de cette attaque ne fait aucun doute, les motivations précises des assaillants sont encore floues. L’enquête semble pour l’heure pointer en direction de l’État Islamique, après que des drapeaux de l’organisation ont été découverts dans la voiture des tueurs. Si cette piste a été confirmée depuis par le premier ministre australien, aucune  revendication officielle n’a été formulée pour l’instant. En l’absence d’éléments plus précis, il est difficile d’analyser politiquement ce qui s’est joué dans la tuerie de Sydney et de faire plus qu’exprimer l’horreur que nous inspire le massacre indiscriminé de civil·es réuni·es dans le cadre d’une célébration religieuse. 

Les cibles de l’État Islamique depuis sa création sont hétéroclites. Aux attaques directement commanditées s’ajoutent celles menées par des acteurs isolés qui se réclament de son idéologie mortifère, revendiquées a posteriori par l’organisation. Les Juif·ves constituent néanmoins des cibles prioritaires pour Daesh, pour des raisons qui tiennent aussi bien à un antisémitisme profond qu’à une logique d’opposition radicale à un monde occidental dont les Juif·ves sont jugé·es parties prenantes. En cela, les partisans de l’État Islamique partagent la vision du monde des tenants de la théorie raciste du choc des civilisations, laquelle fait de l’opposition entre un prétendu monde judéo-chrétien libre et démocratique et un monde musulman barbare et arriéré le principe explicatif des relations internationales. La naissance de l’État Islamique est par ailleurs une conséquence directe de la dévastation répandue au Moyen-Orient par l’impérialisme occidental, et il convient de rappeler que ses principales victimes depuis sa création ont été les populations de la région, principalement musulmanes et yézidies. 

Cette attaque a pourtant été immédiatement instrumentalisée par tous·tes les adversaires de la Palestine et de ses soutiens. Quelques heures seulement après le drame, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou poussait l’indécence jusqu’à voir dans ce massacre une conséquence directe de la reconnaissance par l’Australie de l’État de Palestine, à l’instar de son ministre Itamar Ben Gvir, qui déclarait : « Le sang des victimes est sur les mains du gouvernement australien, qui a annoncé la reconnaissance d’un État palestinien et a légitimé le terrorisme contre les Juifs ». En France, Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les Discriminations, a pour sa part accusé les militant·es pro-palestinien·nes d’avoir « déversé leur haine obsessionnelle d’Israël » en parlant « de génocidaires à propos des Juifs », et d’avoir ainsi « armé les terroristes de Sydney ».

Ce type de déclaration est caractéristique de la propagande sioniste qui entend faire des Juif·ves des victimes par essence, vis-à-vis desquel·les chacun·e est tenu·e d’exprimer de l’empathie, et qui ramène les Palestinien·nes au rang de simples statistiques, voire de coupables sur lesquels s’abat un juste châtiment. En la circonstance, celles et ceux qui prétendent systématiquement opposer sécurité des Juif·ves et droits des Palestinien·nes ne font en réalité qu’exprimer leur racisme, dont l’axiome fondamental est qu’une vie palestinienne ne vaut pas une vie juive : l’horreur légitime qui s’exprime partout à propos de l’attentat de Sydney tranche avec l’indifférence dans laquelle se poursuit le génocide en Palestine. Comme le résumait l’historien juif états-unien Zachary Foster : « Quand une douzaine de Juif·ves est massacrée en Australie, le monde est en deuil. Quand une douzaine de Palestinien·es est massacrée quotidiennement à Gaza, le monde célèbre un cessez-le-feu. » 

L’instrumentalisation de ce drame par les forces sionistes à travers le monde s’inscrit en réalité dans une volonté plus large de criminaliser le mouvement de soutien à la Palestine et la gauche en général, et participe de la théorie raciste du nouvel antisémitisme qui prétend faire de tout antisioniste un antisémite, et de tout antisémite un antisioniste. Cette récupération est d’autant plus obscène que la question palestinienne a toujours été secondaire aux yeux de l’État Islamique. Les différentes factions de la résistance palestinienne l’ont toujours combattu, comme elles ont combattu les différentes organisations qui lui étaient liées. Par ailleurs certaines figures palestiniennes ayant des liens avec Daesh ont collaboré avec l’armée génocidaire israélienne à Gaza en pillant les convois humanitaires. Partout à travers le monde, l’ensemble des organisations et des militant·es du mouvement de solidarité avec la Palestine ont du reste condamné le massacre de Sidney.

L’État Islamique est l’ennemi des Juif·ves, comme il est celui de la Palestine. Pour autant, il est également évident que l’indignation suscitée par les crimes israéliens depuis deux ans est susceptible d’être instrumentalisée par ce type d’organisation pour recruter de nouveaux éléments, de la même manière que Daesh a pu, par le passé, exploiter à son profit la répulsion provoquée par les crimes de Bachar al-Assad. À cet égard, c’est bien le sionisme qui met aujourd’hui les Juif·ves en danger, en raison de leur assimilation presque achevée aux crimes israéliens. 

Ainsi, la confusion généralisée entretenue par l’instrumentalisation de l’antisémitisme, les doubles standards et les indignations sélectives, ne peuvent que nourrir une concurrence mortifère et entretenir le ressentiment.

Tant que la colonisation menée au nom de l’ensemble des Juif·ves et avec l’assentiment de bon nombre d’entre elles et eux durera, l’antisémitisme continuera d’augmenter, et les conditions pour que des crimes de cette ampleur se reproduisent perdureront. Le projet sioniste se nourrit de l’antisémitisme qu’il engendre, en cherchant à légitimer le statut d’Israël comme « État-refuge » face au danger des attaques antisémites, qui peut à tout instant se matérialiser de manière indiscriminée : parmi les victimes de l’attaque de Sydney se trouvaient une femme âgée survivante d’Auschwitz, une enfant de dix ans, et le rabbin Eli Schlanger, soutien fervent du régime criminel israélien qui posait fièrement aux côtés de l’armée d’occupation et apposait sa signature sur des bombes destinées à Gaza. 

Comme l’écrivait Saïd Bouamama à propos des attentats du 13 novembre 2015, « un monde immonde engendre des actes immondes ». Dans un espace saturé par la violence, où chaque crime antisémite fait immédiatement l’objet d’instrumentalisations charognardes, il nous faut dépasser la sidération pour agir politiquement. La libération collective de l’impérialisme et des charniers qu’il sème derrière lui partout dans le monde est la seule issue contre la barbarie.

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