Court-termisme et courtes vues font bon ménage

Fallait-il, faudra-t-il confiner une troisième fois ? La question n'a pas cessé d'être débattue et elle le sera encore durant ces prochains jours depuis les annonces du Premier ministre venu nous annoncer que le monarque avait in extremis repoussé cette échéance.

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 Au risque de se fâcher avec les médecins et les scientifiques, Emmanuel Macron nous rappelle que cette crise sanitaire est d'abord une question politique, et que ce qui pourrait sembler de bon sens scientifiquement, n'est pas fatalement l'option retenue. Parce qu'un troisième confinement imposé à une population qui n'en peut plus, dont les jeunes sont en souffrance, serait sans doute socialement inacceptable quoi qu'en disent les sondages.

Parce que les citoyens n'en peuvent plus d'être privés de liberté et de n'avoir aucun horizon ou perspectives. Parce qu'ils ne sont pas prêts à se reconfiner sans demander des comptes à un gouvernement qui, à chaque étape de cette pandémie, a échoué à les protéger. L'étape actuelle ouverte avec la vaccination n'échappe pas à la règle.

Quand on vaccine un demi-million de Britanniques en une journée, le gouvernement Macron se glorifie de quelques dizaines de milliers. Chacun peut se demander ce qu'il ferait s'il ou elle était aux affaires en pareil cas. Et du coup ressentir une minute de compassion pour la triplette Macron-Castex-Véran. Mais une minute pas plus. Car il ne suffit plus de nous dire « on fait tout ce qu'on peut » pour être dédouanés des responsabilités.

Cette pandémie est d'abord l'impasse du libéralisme économique. Un système économique et politique qui a fragilisé tous les services de santé publique, les potentiels de recherche publique comme privée comme on le voit chez Sanofi. Depuis le début, tout ce qui nous est imposé, l'est à cause de « pénurie ». Une pénurie organisée, un risque calculé. On dit que gouverner, c'est prévoir, mais que peut-on prévoir à l'horizon de la micro seconde d'un placement boursier ? Hélas, le court-termisme s'accommode parfaitement de courtes vues.

Ce gouvernement porte la responsabilité de ne pas choisir d'avoir de vraies marges de manœuvre. Sa politique néolibérale ne peut que nous conduire à être ballotés, chahutés par des impondérables, des accidents, des catastrophes. Et si c'est vrai pour la santé, ça l'est aussi pour l'environnement et le réchauffement climatique. Cette politique nous fragilise car elle nous prive du meilleur de ce que les sciences et techniques, de ce que la connaissance pourraient nous apporter.

Emmanuel Macron et ses soutiens ne sont pas du tout prêts à faire de la santé un bien public échappant aux lois du marché. Ainsi, ces vaccins sur lesquels les Big pharma spéculent aujourd'hui devraient être saisis par la puissance publique pour être mis au service des populations.

 La progression de l'épidémie, l'arrivée de trois variants plus contagieux interviennent au moment où justement l'humanité pourrait disposer de plusieurs vaccins. Mais ces vaccins sont au main du marché alors que leurs développements ont été permis grâce aux milliards d'euros ou de dollars avancés par les Nations les plus riches et ils ne bénéficient qu'à une dizaine d'États dont plusieurs européens qui concentrent 95 % des individus vaccinés.

 Guerre au virus quoi qu'il en coûte ? Vraiment ? Alors plutôt que de jouer avec les nerfs et la santé des populations, les États, l'Europe devraient mettre ces vaccins dans le domaine public. Des voix se lèvent aujourd'hui pour nous dire que nous allons devoir vivre longtemps avec ce virus qui ne va pas se contenter de faire un tour du globe et disparaître. Les vaccins restent les seules options... Et ce qu'il en coûtera n'est rien comparé à ce qui nous sera épargné.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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