La pandémie par le prisme des femmes

À quelques jours du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes et du 17 mars, qui marque l'anniversaire du premier confinement, il n'est pas inutile de regarder ces mois de pandémie à travers un prisme féministe.

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Par bien des aspects, les femmes ont été placées dans la lumière. D'abord parce qu'elles sont majoritairement les forces vives des métiers du « prendre soin ». Pour certaines d'entre elles, le combat contre l'invisibilité, pour la reconnaissance de leur utilité sociale et pour leurs conditions de travail avait commencé dans les mouvements des Ehpad et des hospitaliers. Emmanuel Macron les avait humiliées au printemps en annonçant qu'elles seraient médaillées au 14 juillet. Mal lui en a pris, le combat a redoublé au déconfinement pour exiger des négociations alors que les citoyens applaudissaient les soignantes. Et il continue parce que le Ségur de la santé n'a pas tenu ses promesses et fait beaucoup d'exclues.

Après le mouvement des Gilets jaunes fin 2018 et en 2019 qui avait fait descendre sur les ronds-points des milliers de femmes précaires, travailleuses pauvres, femmes isolées, cette pandémie a aussi offert une visibilité inédite à ces millions de travailleuses dites de la « deuxième ligne » dans la rhétorique guerrière macroniste. Petites mains de métiers sous-payés, mais indispensables à nos vies, à notre économie et au vivre ensemble. Là encore gageons que cette irruption dans la lumière sera porteuse de revendications sociales qu'il sera difficile de faire taire.

Ces mois de crise sanitaire qui n'en finit pas de durer ont été particulièrement durs pour les femmes. Très vite on a tiré la sonnette d'alarme parce que le confinement a claquemuré bourreaux et victimes des violences conjugales dont la fréquence et la gravité ont augmenté. Les limites et les failles du « Grenelle des violences conjugales » n'ont pas tardé à être mises en évidence dès les premières semaines du confinement.

Dès la fin mars 2020 puis durant toute cette année, la montée en puissance inédite, brutale et improvisée du télétravail s'est souvent faite là encore sur le dos des femmes. Assignées à la double journée, elles assument leur travail, la plupart des tâches domestiques dans des conditions la plupart du temps dégradées, ainsi que les soins aux plus anciens. Selon une étude menée par Ipsos pour le Boston Consulting Group auprès de 1 000 femmes et 1 000 hommes, les télétravailleuses sont 1,3 fois moins nombreuses que les hommes à ne pas avoir un espace isolé pour télétravailler. Et elles ont 1,5 fois plus de risques d'être fréquemment interrompues dans leur travail.

Les femmes en télétravail sont 34 % à s'estimer sur le point de craquer ou de faire un burn out. C'est 21 points de plus que les hommes. Face à cette inégalité, la CGT qui appelle le 8 mars à 15h40 à la grève féministe, revendique notamment que les télétravailleuses bénéficient de l’arrêt pour enfant malade ou cas contact, que le télétravail soit encadré pour garantir la prise en charge des frais, le respect des horaires de travail, le droit à la déconnexion et des critères objectifs et transparents pour l’accès et la réversibilité́ du télétravail.

Pour autant, cette année pandémique aura aussi été marquée début 2020 par la figure de  Rosie la riveteuse en tête des manifs contre la réforme des retraites. Juste avant le confinement, ces femmes en bleu de chauffe, bandana rouge dans les cheveux et gants de ménage, ont tourné en dérision le discours macroniste sur les « grandes gagnantes » de la réforme.

Cette année funeste depuis le 8 mars 2020 aura aussi été celle des cris. De colère en Pologne contre un gouvernement réactionnaire qui veut criminaliser l'avortement. De joie dans la très catholique Argentine où les femmes ont arraché le droit à l'IVG. De colère dans notre pays contre les coups, aux violences gynécologiques et obstétricales, le harcèlement, les viols, les féminicides.

Ces cris, ces revendications qui portent loin, qui viennent de plus loin que la pandémie continueront à déchirer le silence de tous les couvre-feux.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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