Réforme des retraites: tous et toutes perdant.e.s

La réforme des retraites préparée dans les concertations avec le Haut-commissaire Jean-Paul Delevoye fait périodiquement les gros titres de la presse parce que le gouvernement lance des ballons d'essai qui sont chaque fois autant d'occasions pour l'exécutif de communiquer et préparer le terrain idéologique à des reculs fondamentaux.

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Dernier coup de com' en date, le recul de l'âge de la retraite ou l'allongement de la durée de cotisation avec cette fois une nouvelle thématique glissée dans le débat : la dépendance. Ce risque qui relève non pas de l'arrêt de la vie professionnelle, mais de la dégradation de l'état de santé devrait tout naturellement être couvert par l'assurance maladie. C'est un risque qui n'est d'ailleurs pas spécifique au grand âge puisqu'il peut résulter du handicap. L'irruption de ce sujet de la perte d'autonomie dans le débat, alors que peu ou prou tous les Français.e.s le connaissent ou l'ont connu dans leur entourage n'est évidemment pas le fruit du hasard mais d'un calcul politicien sordide. Il s'agit d'alourdir la barque pour exiger qu'à la fin on sacrifie quelqu'un ou quelque chose afin de rester à flot. La crise des Ehpad avec la révélation de l'indignité des conditions de travail des personnels et la maltraitance institutionnelle dont sont victimes les personnes âgées en fin de vie ne saurait être traitée ainsi.


En tous cas, les Français.e.s ne sont pas prêts à accepter un report de l'âge de la retraite. Selon une étude Harris (ajouter le lien si possible), 2 personnes sur 3 s'y opposent et dans la même proportion les Français.e.s ne veulent pas envisager de cotiser plus longtemps. Alors que la borne d'âge est désormais à 62 ans, les Français.e.s estiment déjà qu'avec la décote imposée à l'âge pivot il leur faudra dans les faits travailler au moins jusqu'à 64 ans. Ce qui s'apparente à de la lucidité nous est présenté comme une liberté nouvelle : celle d'arbitrer chacun notre futur niveau de vie. Foutaise ! La majorité des Français.e.s préfère partir à 60 ans, comme cela était le cas avant 2011.


La réforme Macron-Delevoye s'annonce comme une révolution avec la transformation en retraite universelle par points, habilement présentée par le candidat Macron comme égalitaire et juste : un euro cotisé donnant les mêmes droits pour tous et toutes... Les mêmes droits ? Mais lesquels ? On devrait connaître dans les jours à venir le sort réservé aux mécanismes de solidarité, c’est-à-dire aux droits non contributifs attribués aujourd’hui, afin de mutualiser les risques d’une vie de travail : chômage, maladie, handicap, bas salaires... de compenser des interruptions d’activité incontournables : maternité... ou des pertes de revenus impactant fortement les ressources des retraités, ainsi en est-il aussi des pensions de réversion. Pour rappel, les pensions de réversion permettent actuellement de réduire de 15 points les écarts entre la pension des hommes et celle des femmes.


L'objectif premier de la réforme n'est pas de faciliter la lecture de nos droits futurs, mais bien de bloquer la part du PIB dévolue au financement des retraites à 14 %, les prestations devenant alors la variable d’ajustement. Les projections du Conseil d’Orientation des Retraites sont claires : alors que le nombre de retraité.e.s va augmenter, sans nouveau financement pour les retraites, le niveau de vie des retraité.e.s baissera de 20 % à 35 % d’ici à 2050. Pour les ingés, cadres et tech, la conséquence sera immédiate : si le système par répartition ne garantit plus le maintien du niveau de vie, celles et ceux qui le peuvent se tourneront vers des systèmes d’assurance individuelle, par capitalisation. On touche ainsi l’enjeu principal de la réforme, dont Macron ne s’est d’ailleurs jamais caché : orienter les fonds (importants) dévolus aux retraites vers la finance, à l’image de ce qu’ont fait Reagan et Thatcher dans les années 80. Avec comme résultat pour les salarié.e.s la loterie. Et c’est bien la supercherie de la réforme annoncée : sur la question clé des salarié.e.s : « à quel âge je vais pouvoir partir avec quel niveau de pension ? » : silence. Et pour cause : le système à « cotisation définie » prôné par Macron détermine une seule chose : le niveau maximum des cotisations, les prestations variant à la baisse. Pour faire dérailler ce scénario, faisons toute la transparence sur ses conséquences. Et débattons du vrai sujet : notre pays qui n’a jamais été aussi riche ne le serait-il pas assez pour garantir le niveau de vie de ses futur.e.s retraité.e.s ?

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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