La démagogie populiste anti-cadres fait florès

C'est une sale petite musique teintée de démagogie populiste qui se joue ces dernières semaines autour des cadres avec cette insistance de l'exécutif à débattre de la dégressivité des allocations chômage qui a provoqué l'ire des syndicats.

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Lesquels dénoncent une manipulation politique ostracisant les cadres. Les cinq confédérations rejettent cette idée, remise sur la table avant l'ouverture d'une négociation sur l'Assurance chômage exigée par le gouvernement. Et jeudi dernier Edouard Philippe a enfoncé le clou : « Pour ceux qui ont une très forte employabilité, qui ont des salaires qui sont très élevés, créer une forme de dégressivité de l'Assurance chômage peut avoir du sens. » « Populisme » proteste la CGC. « Ce n'est pas une option pour nous, a prévenu le secrétaire général de la CFDT, il est hors de question de mettre dans ce système, un système de dégressivité ».


« Une dégressivité pourquoi ? Certains seraient des profiteurs ? », s'est indigné, Philippe Martinez. « Absurde » ajoute la CGT car discriminer les cadres ne permettrait que des économies négligeables. Mais serait aussi inefficace du point de vue du retour à l'emploi. Ainsi une note publiée en janvier dernier par Sciences Po et l'OFCE concluait que « les travaux empiriques montrent que la dégressivité ralentirait les sorties du chômage et que cette taxe sur le chômage de longue durée a au mieux de faibles effets agrégés sur les dépenses de l’Assurance chômage ».

Dès lors, cette nouvelle charge contre les cadres n'a d'autre intérêt que d'éviter de parler des vraies questions que le Medef écarte ostensiblement depuis des mois. Son président, Geoffroy Roux de Bézieux, a beau dire que cette dégressivité des indemnités des cadres pouvait être une piste mais ne devait pas être « l'alpha et l'oméga » de la réforme, cette offensive de l'exécutif exonère bel et bien le patronat du débat sur un bonus-malus sur les emplois courts. Le patronat ne veut pas en entendre parler et il a été entendu par le gouvernement qui l'a écarté de son injonction aux syndicats de négocier pour réaliser 3,6 milliards d'euros d'économie.


Avec cette affaire on est en plein dévoiement du dialogue social. L'irruption et le dirigisme de l'exécutif dans un dossier qui relève du paritarisme nous prépare quelques bras de fer. Et quoi qu'il en soit les cinq confédérations syndicales n'entendent pas laisser Macron seul maître des horloges. Leurs dirigeants ont écrit la semaine dernière aux représentants du patronat un courrier leur proposant de se saisir d'un agenda social indépendamment du gouvernement.

Ils proposent au patronat dans un courrier commun l'ouverture d'un agenda social de négociations, dont une sur « la qualité de vie au travail » en parallèle des concertations prévues avec le gouvernement sur la santé au travail. Ils se félicitent également de la reprise annoncée de la négociation sur la définition de l'encadrement qui était suspendue depuis mi-mars. Enfin, ils demandent la mise en place de deux « délibérations » : l'une intitulée « Transitions numérique, écologique et énergétique : nouvelles formes d'emploi et travailleurs des plateformes » et l'autre portant sur les « discriminations dans l'accès au travail quelles qu'en soient les modalités (embauche, stages, apprentissage, formation) ».

La démarche unitaire vaut d'être soulignée, car trop souvent les mauvais coups prospèrent sur leur incapacité à s'entendre sur l'essentiel.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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