49.3 : l'arme fatale pour la démocratie

Depuis l'entrée en débat du projet de réforme des retraites à l'Assemblée, la question au sujet du recours au 49.3 n'était plus de savoir si l'exécutif y aurait recours, mais quand il dégainerait cette arme fatale pour la démocratie.

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Fatale en effet car cette réforme est toujours majoritairement décriée par les Français. Après deux années de pseudo concertation durant lesquelles le gouvernement a dissimulé le fond de sa réforme derrière un « story-telling » lénifiant, Jupiter et ses équipiers entendent maintenant priver la représentation nationale de son rôle.

Après le vote de l'article 7 de sa réforme, outre que E. Macron veut s'exonérer de la contestation sociale dans une séquence électorale pour le moins mal partie pour les « marcheurs », le 49.3 lui permet aussi de mettre l'éteignoir sur le débat parlementaire qui s'annonçait très difficile sur les articles suivants. Des articles qui ne sont évidemment pas des points de détail puisqu'ils concernent la future valeur du point et l'âge d'équilibre. Des sujets majeurs au cœur-même de la contestation sociale depuis des mois. Stopper toute discussion parlementaire sur les sujets qui fâchent et risquaient de perturber les municipales est donc un choix tactique qui ne doit rien au nombre d'amendements déposés par l'opposition. Une esquive attendue, prévisible, dénoncée par anticipation, mais qui n'a aucune chance de refermer le dossier. D'abord parce que les syndicats opposés au texte vont réagir dès ce mardi 3 mars par une nouvelle journée nationale interprofessionnelle.

Les féministes (syndicats et associations dont la CGT) enchaînent avec un appel à des marches des grandes gagnantes le 8 mars, déclarant : « 49.3, Césars de la honte, une même violence des dominants, une même colère et détermination ». Ensuite parce qu'après l'adoption manu militari du texte sans débat doit suivre l'examen d'un texte organique de cinq articles destinées à modifier les futures lois de Sécurité sociale pour les mettre en conformité avec le système universel et instaurer la fameuse « règle d'or » qui limiterait à 14 % du PIB la part des dépenses de retraite pour l'avenir. Hélas pour les obligés du roi Macron, l'arme du 49.3 devra rester dans son étui car la réforme constitutionnelle de 2008, son usage est limité à un coup par session parlementaire. E. Macron a donc fait un pari très risqué de payer cher politiquement sans pouvoir en escompter le moindre bénéfice.

C'est qu'au-delà de l'avenir politique de sa majorité, ce qui compte, c'est de faire coûte que coûte cette réforme idéologique attendue, réclamée par les milieux financiers et le patronat depuis près de 30 ans. Mais ce n'est pas parce que E. Macron est déterminé que nous ne le sommes pas nous aussi à faire échouer cette entreprise néfaste. LBD, lacrymo, matraque et gardes à vue contre les manifestations sociales vont bien de pair avec 49.3. La démocratie y perd ce que la colère y gagne.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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