Demain comme hier... voire en pire

La France ne se réveille pas du confinement avec la gueule de bois. Ces semaines où l'on nous a enjoint de renoncer à nos libertés en échange de notre santé n'ont été ni festives, ni insouciantes. La crise qui se profilait dès les premiers jours est installée durablement.

automobile

Et même si Emmanuel Macron et sa team nous ont promis que rien ne serait plus comme avant, il faut bien se rendre à l'évidence, Covid-19 recycle les mêmes vieilles recettes. Ça a commencé avec les ordonnances de l'état d'urgence et la volonté affichée par le Medef de faire travailler 60 heures pour compenser les pertes. Ça se poursuit de plus belle avec la volonté de quelques entreprises comme Ryanair, d'imposer un gel drastique des salaires alors que la compagnie est gavée de subventions publiques et possèderait quelque 4 milliards d'euros de réserve. Ça va s'accélérer avec la dégressivité du dispositif de chômage partiel à partir du 1er juin qui va servir de prétexte à de nombreuses entreprises pour licencier plutôt que de financer 15 % du dispositif.

Et surtout, en matière de politique industrielle, le monde d'après est tout à fait semblable à celui d'avant. En témoigne le télescopage des annonces du plan de 8 milliards d'euros pour l'automobile et l’annonce de la suppression de 4 500 postes chez Renault. Pas plus que lorsqu'il vole au secours d'Air France KLM le gouvernement n'exige de Renault des garanties sur l'emploi et le maintien des activités.

Alors que l’Allemagne assortit son sauvetage de la Luftansa d’une montée de 20 % au capital, de la suppression des dividendes et de la baisse de la valeur des actions pour les actionnaires, rien de tel pour Air France ou Renault. Jamais la devise libérale « privatiser les gains, mutualiser les pertes » n'aura été si bien illustrée en quelque jours. Les mêmes qui à propos des masques et des médicaments nous tenaient des discours sur la souveraineté économique et la relocalisation s'empressent de subventionner les externalisations et délocalisations d'activités du groupe automobile dont l'État est toujours actionnaire et à qui il prête 5 milliards d’euros.

C'est la même politique qui est à l'œuvre et qui a fait perdre 120 000 emplois dans l'automobile en France dont 25 000 pour Renault en 15 ans. Et durant cette période, Renault a délocalisé́ la Mégane, la Twingo, la Clio et aussi externalisé une part importante de l’ingénierie. Avec « la fermeture des Fonderies de Bretagne, de Choisy, de Dieppe et à plus long terme de Flins et une nouvelle cure d’amaigrissement de l’ingénierie devaient se confirmer, c’est Renault qui est amené́ à disparaitre de la carte automobile française et mondiale », s'étrangle la coordination CGT de Renault. Un suicide assisté donc que le gouvernement essaie de nous vendre en révolution pour la transition écologique, en aubaine pour les consommateurs. Renault serait ainsi voué à « la conception et à la fabrication de produits à forte création de valeur ». Peu de volumes, mais d'un très gros rapport.

Le schéma industriel avalisé par Bercy et Matignon c'est un constructeur français qui ne fabriquerait plus que la Zoé électrique et sa remplaçante produite à Douai vendue pas moins de 40 000 € et un SUV vendu pas moins de 70 000 €. A qui Emmanuel Macron fera-t-il croire que les aides aux particuliers pour l'achat d'un véhicule électrique ou hybride sont de nature à basculer dans une circulation enfin décarbonée ? Quelles familles pourront investir 23 000 euros dans une Zoé ainsi subventionnée ? La mesure est grotesque et elle masque à la fois la perpétuation des stratégies précédentes et un manque évident de politique industrielle innovante.

À l'inverse par exemple, la CGT Renault revendique la création d'une filière française de batteries incluant le recyclage. Elle préconise également d'utiliser les chaines de montage pour démonter et recycler les véhicules en fin de vie. Et a aussi construit avec les ingénieurs de Renault la proposition de la production d'un petit véhicule électrique populaire, à 10 000 euros dédié aux usages quotidiens.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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