Age pivot, décote, surcote et autre supercheries…

Emmanuel Macron est habile. Il l'a démontré en sortant du bois et en profitant opportunément d'une profonde crise de l'offre politique pour se hisser au pouvoir. Avec le lustre de la nouveauté que lui confère son âge, il a voulu nous faire croire qu'une nouvelle manière de faire de la politique allait enfin s'imposer.

 

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Et que voit-on ? Les mêmes travers, les mêmes grosses ficelles, les mêmes vessies qu'on veut faire prendre pour des lanternes. Cette manière détestable de faire de la politique à la papa, à l'ancienne, on la voit à l'œuvre avec cette farce de l'âge pivot qu'il nous joue avec son gouvernement et son Haut-commissaire à la réforme des retraites depuis des mois.

L’arbitrage entre âge pivot et durée de cotisation est purement fictif et n’est qu’une vaine tentative d’opposer les salariés aux carrières longues aux salariés précaires ou à ceux qui ont fait des études. Quand Macron dit à la fin du G7 sur France 2, « je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge » il parle enfin vrai.

Car dans le système qu’il propose, seule la durée compte. La pension de retraite est en effet obtenue en divisant la somme des cotisations de carrière par l’espérance de vie de la génération qui postule au départ. Plus on cotise longtemps, plus on diffère son départ, plus son espérance de vie à la retraite diminue, plus la rente augmente. Conséquence pratique : les carrières longues d’aujourd’hui, seront les carrières normales de demain et les carrières courtes d’après-demain.

Pas besoin de toucher aux 62 ans, plus personne ne pourra s'offrir le luxe de partir à cet âge. Selon les données du rapport Delevoye, avec un rendement de la cotisation à 5,5 %, un-e salarié-e dont le salaire de carrière a progressé au même rythme que le salaire moyen de l’ensemble des salariés du pays, devrait cotiser pendant 54 ans pour espérer percevoir une pension représentant 75 % de son dernier salaire ou pendant 47 ans pour une pension n’en représentant que 66 %. Quant à ceux qui n’auraient « que » 43 annuités cotisées, ils devraient se contenter de 60 % de leur salaire de fin de carrière.

Cette vaine polémique permet surtout au gouvernement d’éluder la question majeure du niveau des pensions à la liquidation et de leur évolution pendant la retraite. Car, autre nouveauté, le montant des pensions liquidées ne sera plus garanti et pourra diminuer d’une année sur l’autre en cas de récession, conséquence directe du plafonnement à 14% de la part du produit intérieur brut consacrée au financement des retraites.

L'annonce du retrait de l’âge pivot par le chef de l'État a évidemment été perçue comme une main tendue à la CFDT -favorable à une retraite à points, mais en maintenant l’âge légal à 62 ans- n’est qu’une fine tactique pour tenter de déminer un dossier potentiellement explosif.

Bien dans son rôle, le Medef qui ouvrait ses universités d’été quelques jours après a réagi à l’annonce présidentielle en revendiquant fromage ET dessert, c’est-à-dire en l’occurrence que la future réforme allonge la durée de cotisation et repousse l’âge de la retraite. Du coup, pour ne fâcher personne l'Élysée s’est empressé de rétropédaler pour rassurer le patronat, sans se fâcher complètement avec Laurent Berger. Et c’est la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye qui s’y est collée en assurant deux jours après que, malgré la préférence exprimée par Emmanuel Macron pour la durée de cotisation, « l’idée de l’âge pivot » n’est pas « enterrée » pour la réforme des retraites. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’autre levier consistant à allonger la durée de cotisation est tout aussi redoutable, notamment parce qu’avec un âge de plus en plus tardif d’entrée dans la vie active et des carrières hachées par la précarité, les actifs les plus qualifiés et les plus précaires vont devoir travailler au-delà des 67 ans. Dès lors, on ne peut s'empêcher de voir que tout cela a pour but de rapprocher fin de carrière et fin de vie et servir le moins longtemps possible des pensions de plus en plus riquiqui. Car c'est bien cela la promesse de cette réforme. Maintenir coûte que coûte la part du PIB consacrée aux retraites à 14 % alors même qu'on est promis à vivre plus longtemps et plus nombreux, c'est implicitement baisser le niveau des pensions. Les jeunes actifs ont sans doute tort de croire qu'ils n'auront pas de retraite. Mais ils ont raison de redouter qu'elle soit si mince qu'il leur faudra très vite se prémunir par des dispositifs d'épargne. Macron nous a juré qu’il ne toucherait pas à la répartition. Pas besoins. Il est en train de la déshabiller et de la vider de son sens.


C’est une longue bataille de plusieurs mois sans doute qui s’est ouverte. Une bataille d’explications, de formations, de mobilisations. La CGT des cadres s’y est déjà investie depuis des mois en publiant sur son site https://reforme-retraite.info/ arguments et propositions démontrant l’inanité et la dangerosité de cette réforme en proposant des alternatives crédibles et finançables.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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