C'est le 5 décembre que tout commence

Il est des jours comme ça où le temps s'accélère, où l'horizon plombé laisse entrevoir du bleu. Où on relève la tête. Et puis ces mêmes jours-là, le camp d'en face, ceux qui défendent les intérêts de quelques-uns, ont l'impression d'être dans un tambour de machine à laver. Le 5 décembre et les jours suivants, souhaitons-le, risquent bien de décoiffer et faire voler les cravates.

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Les mobilisations professionnelles annoncées et, pour certains secteurs, l'ambition de reconduire la mobilisation témoignent de la confiance des salariés dans l'unité syndicale. Sur son site, la CGT affirme que « les appels se multiplient dans les entreprises des industries chimiques de la métallurgie, du commerce, etc. Sans oublier les étudiants, dont les organisations s'engagent à construire « un plan d'action contre le projet de réforme de retraites par points et pour gagner un renforcement, une amélioration du système actuel de retraites solidaire et intergénérationnel ».

Dans notre pays qui connaît depuis plus d'un an des mobilisations d'ampleur et de durée inédite comme celle des Gilets jaunes, des hospitaliser, des pompiers, la réforme des retraites vient cristalliser, faire converger des mouvements sociaux qui posent des questions fondamentales et auxquelles le gouvernement a répondu par le mépris, le déni et enfin par le saupoudrage pour certains comme les hôpitaux. C'est bien parce que ce projet remet en cause les droits de tous les salarié.e.s du public comme du privé, de toutes les catégories qu'il soulève la colère au-delà des ressortissants des régimes spéciaux.

D'ailleurs les cadres ne s'y trompent pas puisque 73 % d'entre eux pensent que la réforme des retraites ne maintiendra pas leurs droits selon un sondage de la CGT Cadres par Viavoice. C'est d'ailleurs à leur intention que l'Ugict-CGT a tiré 300 000 exemplaires d'un « Cadres Infos » qui traite non seulement de la réforme des retraites mais aussi  du statut de l'encadrement, de l'égalité femmes-hommes.

Cette réforme est dangereuse parce qu'elle grave dans le marbre un pilotage automatique qui permettra de tirer les droits vers le bas, sans réforme. Les ressources seraient bloquées à 14 % maximum du PIB, et ce sont les droits qui s’ajusteraient automatiquement à la baisse pour faire face aux évolutions démographiques ou aux chocs économiques. Depuis quelques jours, on sait aussi que ce projet présenté par ses promoteurs comme féministe est en réalité une essoreuse à pension pour les mères de famille. Et l'on sait depuis bien longtemps aussi que maintenir les seniors au boulot tandis que les jeunes ne trouvent pas de boulot ou bien subissent des années de précarité et de bizutage social n'a aucun sens.

Le blocage annoncé du pays est de la seule responsabilité de l'exécutif. Les parodies de concertation -la CGT s'est rendue à au moins 22 réunions sans qu'aucune de ses propositions aient été entendues et prises en comptes- ne parviennent pas à rendre le projet lisible et encore moins désirable. Comment donc s'étonner que 64 % des Français.e.s approuvent la mobilisation du 5 décembre, contre la réforme des retraites ? Une telle défiance de l'opinion à l'égard de la réforme et un soutien aussi important ne peuvent cependant suffire à renverser la table.

Le niveau de mobilisation du 5 décembre déterminera la suite du mouvement et notre capacité à gagner. Il reste donc quelques heures pour transformer la sympathie et le soutien en mobilisation, en participation aux manifestations et aux arrêts de travail. « Si seuls les salarié.e.s des régimes spéciaux se mobilisent, cela alimentera les mises en oppositions orchestrées par le gouvernement, met en garde l'organisation syndicale spécifique des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT dans une déclaration de sa commission exécutive. Le risque est de voir le gouvernement s'en tirer « en négociant à la marge des mesures transitoires pour ces régimes, alors que nous avons la possibilité de gagner l’abandon de la réforme et la mise à l’ordre du jour de nos revendications. Le mois de décembre sera crucial, mais il nous faut avoir une stratégie de moyen terme, qui nous permette de tenir et d’amplifier la lutte dans la durée ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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