Opinion : Macron loin d'avoir partie gagnée

C'est bien la bataille de l'opinion que le chef de l'Etat et son gouvernement ont peur de perdre. Depuis des semaines ils assènent demi-vérités, vrais mensonges, chiffres pipeautés ou exagérés pour creuser entre l'opinion et les cheminots un fossé d'incompréhension et de rejet.

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 En vain semble-t-il puisque le sondage Ifop publié ce dimanche par Le JDD montre un recul de l'adhésion des Français à la réforme ferroviaire et un soutien de plus en plus appuyé à la grève entamée hier soir lundi. Le 15 mars, la grève était « justifiée » selon 42 % des sondés, puis 44 % le 21 mars et désormais 46 %.


Parmi les mensonges assénés par l'exécutif et complaisamment repris par des experts autoproclamés il en est un que le Premier ministre lui-même n'a pas manqué le 26 février dernier : « La situation est alarmante, pour ne pas dire intenable. » Il fallait bien cette contre-vérité pour distiller dans l'opinion un discours à charge qui justifie de tailler dans le vif. Intenable la situation ? On souhaite à beaucoup d'entreprises d'afficher comme la SNCF en 2017 un chiffre d’affaires de 33,5 milliards d’euros (+ 4,2 %) et un bénéfice net de 679 millions, qui a triplé depuis 2016. Le chiffre d’affaires du TGV progresse de 8,7 %. Quant à l'assertion selon laquelle les Français « paient de plus en plus cher pour un service qui marche de moins en moins bien » elle est également mensongère si l'on en croit un papier de Libération qui cite une étude du site de vente de billets GoEuro reprise par le rapport Spinetta qui indique que « le tarif moyen, pour parcourir 100 km en chemin de fer, est de 7,8 euros en France, mais de 29,7 euros au Danemark, 28,6 euros en Suisse et 24 euros en Autriche. L’Allemagne se situe aussi derrière la France ».


L'exécutif et la direction de la SNCF sont bien plus inquiets qu'ils ne le laissent paraître. En témoignent les coups tordus et basses manœuvres déployés pour casser une grève qui s'annonce massive. Ainsi que 77 % des conducteurs se sont déclarés en grève, la direction aurait proposé une prime de 150 euros par mois aux « cadres opérationnels » pour les inciter à conduire des trains.

La direction de la SNCF a été prise la main dans le sac alors qu'elle tentait d'employer des cheminots d'une filiale britannique pour les faire travailler sur le site du Landy. Une manœuvre qui lui vaut d'ailleurs une plainte des représentants des cheminots au CCE.

Le même Pépy qui prétendait se dresser contre le « bashing » dont sont l'objet les cheminots n'hésite pas aujourd'hui à les pénaliser en effectuant une retenue sur salaire des grévistes, de 36 jours et même 45 jours en comptant les jours de congés alors que ces derniers ne vont effectuer que des grèves de 2 jours à raison de 18 préavis déposés sur trois mois. La direction considère qu'il s'agit d'un seul mouvement. Un cheminot sera donc considéré comme gréviste pour l'ensemble des jours du conflit social, y compris quand la grève tombe sur ses jours de repos. Une basse manœuvre qui pourrait bien se terminer au tribunal.


Toutes ces tentatives de mater la rébellion sociale témoignent que l'ADN présidentiel est bel et bien préhistorique. L'âge de ses artères ne nous préserve pas des méthodes éculées de gouvernement. Ne pouvant éviter la confrontation sociale, il va chercher d'emblée à la durcir. Ce faisant, il prend un très gros risque.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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