Congés payés : écoutons Barbier... ça décoiffe

Bref moment de confusion le 31 mai sur le plateau de BFM TV lorsque l'éditorialiste à écharpe Christophe Barbier s'est déclaré « favorable à suspendre la 5ème semaine de congés jusqu’à rétablissement des comptes publics ».

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Heureusement avait-il prévenu en préambule de cette décoiffante proposition que ce serait « une mesure impopulaire et qu’il est le seul en France à le proposer ». Une solitude que ce sont dépêchés de lui confirmer ses acolytes de plateau. Cette ébouriffante idée lui est sans doute venue en se rasant le matin même alors qu'il réfléchissait à apporter une réponse à cette angoissante question posée en titre en bas de l'écran: « les Français accros au pont ? » Ecumant les plateaux l'éditorialiste libéral bon teint nous dispense ses avis autorisés depuis des années. Au point d'ailleurs qu'il figure en conclusion de l'excellent pamphlet cinématographique de Yannick Kergoat et Gilles Balbastre sorti en 2012 Les Nouveaux Chiens de Garde.


Ainsi l'invariable Barbier prétend-il -mais sur quelle base ?- que la cinquième semaine de congés payés serait incompatible avec le redressement des comptes publics. Cette idée débile n'est probablement pas à l'agenda de Macron et Philippe, mais en donnant son avis sur une question à laquelle personne n'avait vraiment envie de s'atteler, Christophe Barbier nous serine une petite musique qui alimente une partition libérale nous faisant croire que les Français n'en foutent pas une et creusent leurs tombes à force de glander.

Ce fond musical que Barbier alimente méprise les réalités statistiques attestant chaque année d'une productivité par tête des Français plus qu'honorable en dépit des 35 heures dont le Medef n'ose plus revendiquer l'abolition tant il a obtenu de dérogations. Peu importe pour les éditocrates de cette trempe que leurs idées soient nulles, stupides, insupportables ou hors-sol, ils se tiennent solidement agrippés au comptoir du fameux café du commerce médiatique pour qu'à la fin, leurs fadaises, leurs lieux communs fassent parler devant la machine à café... Ils sont ce « milieu autorisé » qu'un illustre comique en salopette brocardait.


Peu importe si Barbier a fait ou non tourner des modèles mathématiques pour vérifier le bien-fondé de cette généreuse idée. Barbier et ses amis spécialistes en tout, « toutologues » de plateau n'ont pas à démontrer ce qu'ils professent. La démonstration de l'homme à l'écharpe est simple : Mitterrand a donné la 5ème semaine de congés payés à une époque où on pouvait se le permettre. Depuis, la France va mal et elle irait mieux sans doute si on revenait là-dessus. Si Macron n'ose pas le dire, Barbier ose y penser tout haut...

Et Barbier est un penseur, n'en doutez pas, avec une très haute idée de sa fonction. Ainsi il déclarait dans le Journal du Dimanche en 2017 : « l'éditorialiste est comme un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s'élever » et d'ajouter : « son rôle est de donner son opinion, d’affirmer ses certitudes, par essence improuvables. »

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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