Macron n'a plus les coudées si franches

Le report fin 2019 du projet de loi de réforme des retraites est-il une nouvelle ruse ou bien un signe d'une certaine fébrilité de l'exécutif ? En fait, probablement les deux. Plus qu’un report de la réforme des retraites, c’est une dissociation des sujets qu’opère Emmanuel Macron, avec une réforme qui se fait en deux temps.

retraiteinfo
 

Dans un premier temps, à l’automne, des mesures « paramétriques », avec l’augmentation de la durée de cotisation pour tous les salarié.e.s né.e.s avant 1973. Les 43 annuités de cotisations seraient ainsi exigées pour tous les salarié.e.s né.e.s après 1963 alors que cela ne devait s’appliquer qu’aux générations né.e.s après 1973. Cette mesure violente pénalisera particulièrement les femmes qui ont des carrières incomplètes et sont déjà beaucoup plus nombreuses à partir à 67 ans et fera mécaniquement baisser le montant des pensions de toutes et tous. Dans un deuxième temps, probablement après les élections municipales, la réforme « systémique » et le passage à un régime unique de retraites par point. L’objectif : faire croire que cette réforme n’a pas d’impact sur le contenu des droits à retraites.

Le calculateur mis à disposition par l’UGICT-CGT vise à démonter cette fable. Construit à partir des chiffrages du Conseil d’Orientation des Retraites, il permet à chacune et chacun de mesurer l’impact de cette réforme « à cotisation définies », qui consiste à bloquer les ressources et à ajuster automatiquement à la baisse les pensions. Sans financement supplémentaire, et du fait de l’augmentation du nombre de retraité.e.s, le niveau des pensions s’effondrera d’un tiers à horizon 2050. Pour les ingés, cadres et tech, le message est clair : pour garantir le maintien de son niveau de vie, il faudra se tourner vers la capitalisation, pour le plus grand bonheur des assureurs et des banquiers. Ce calculateur permet de lever le voile sur l’opacité entretenue par le gouvernement et surtout d’imposer dans le débat la vraie question : quelles nouvelles ressources affecter à notre système de retraites pour empêcher la paupérisation des retraité.e.s et en garantir la pérennité ?

Emmanuel Macron repousse l'échéance de de quelques mois pour ne pas se pourrir une rentrée sociale qui s'annonce déjà difficile. Il n'a évidemment en rien renoncé, mais il ne peut plus réformer au pas de course. Les actuels atermoiements élyséens contrastent avec les certitudes insolentes des débuts du mandat d’Emmanuel Macron. Tout semblait lui sourire, il paraissait avoir un boulevard devant lui pour réformer… et il ne s’en est pas privé en dépit des mobilisations sociales.

Mais le conflit de trois mois contre la réforme ferroviaire puis le scandale de l’affaire Benalla, puis les gilets jaunes à quoi il faut ajouter de nombreux conflits depuis des mois semblent lui avoir un peu limé les dents. Macron est désormais aussi confronté à une bronca des centrales syndicales vent debout contre la réforme de l’assurance chômage ou bien le recul de l’âge de la retraite. Et il est de la responsabilité des centrales syndicales de trouver le chemin de l'unité et des convergences pour agir ensemble contre ces réformes. Faute de quoi, elles sont condamnées à protester en vain.


Macron est sans doute saisi par le doute et il n'est sans doute pas convaincu lui même que le dernier scrutin européen soit une légitimation de son programme et de sa méthode. D'ailleurs un autre indice intéressant de ces doutes nous a été livré la semaine dernière car si l’on en croit le Canard Enchaîné, Macron envisagerait l’abandon pur et simple du projet de privatisation d’ADP face à la méfiance des Français. Le succès de la collecte des soutiens à la demande de référendum d'initiative partagée -la presse évoque plus de 400 000 électeurs qui ont rempli le formulaire sur le site du ministère de l’Intérieur– lui plomberait ainsi le moral plus sûrement que la canicule. La posture idéologique de l’exécutif consistant à imposer cette privatisation aberrante du point de vue économique est assurément intenable.

Macron qui dans le cadre de la réforme constitutionnelle voulait rendre le référendum possible dès qu’un million de soutiens sont réunis ne peut décemment pas exiger que 4,7 millions d’électeurs aient soutenu la demande de référendum sur la privatisation d’ADP. Mieux, il doit y renoncer dès maintenant !

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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