Un référendum pirouette

Tandis que les Français restent globalement sceptiques quant à l'issue du grand débat et continuent à soutenir le mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron vient de faire savoir qu'il envisageait de recourir à un référendum en même temps que les élections européennes.

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La ficelle est un peu grosse. Alors qu'un mouvement social d'ampleur, de caractéristiques inédites secoue le pays depuis plus de trois mois contre la précarité, le déclassement, les fins de mois qui commencent le 15 du mois, Emmanuel Macron prétend solder les comptes avec un référendum ? Voilà qui va sans doute remplir les assiettes, payer les factures. Ce serait donc cela la conclusion du grand débat ? C'est habile, mais bon sang que c'est dangereux.


C'est habile mais risqué, parce que depuis des mois Emmanuel Macron se présente comme le rempart contre l'extrême droite. Après avoir profité de l'atomisation de l'offre politique, il s'est fait élire sur la peur de voir la fille Le Pen arriver au pouvoir. Sa politique produisant les effets délétères qu'on lui connaît, il a tout intérêt à profiter d'une même configuration en mai prochain.

Et en mêlant une campagne référendaire à celle des européennes, à profiter des résultats pour asseoir une légitimité politique qui lui fait défaut. Il sait que dans un référendum on ne répond pas à la question, mais à celui qui la pose. Il fait sans doute le pari que les Français ne se contrediraient pas en passant d'une urne à l'autre.


C'est dangereux, parce que cette conclusion ne répondra pas aux besoins révélés avec force et gravité par les gilets jaunes, mais qui fondent le corpus revendicatif des syndicats et de la CGT en particulier depuis de nombreuses années. Ce référendum, tout comme ce grand débat qu'il prétend conclure épargnent, exonèrent les entreprises et le patronat de leurs responsabilités dans cette crise sociale. « Le débat est biaisé et les mesures annoncées sont toutes aux frais du contribuable, jamais des patrons » estime la CGT des ingénieurs et cadres qui appelle à se mobiliser le 5 février dans le cadre d'une journée nationale interprofessionnelle à l'appel de la CGT. La question des salaires est encore la grande absente. Mais les choses avancent et les convergences revendicatives sont en train de se construire.

Ce 5 février sera une occasion de multiplier et faire converger des mobilisations qui s’opposent à l'injustice sociale pour exiger une autre répartition des richesses créées par le travail... « Face à la puissance de l’argent, nous devons construire la puissance du nombre ! C’est le seul moyen d’imposer les vrais sujets. Que ce soit par la rue, l’occupation les ronds-points, ou par les négociations d’entreprise, les employeurs et les actionnaires ne rendront de comptes que s’ils y sont contraints », affirme l'Ugict-CGT.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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