A qui profite la violence exercée contre les militants ?

A qui profitent les lamentables images de la fin de manifestation du 1er mai à Paris ? Voudrait-on dégoûter les citoyens d'exercer leur droit de manifester qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

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Depuis les manifestations contre la loi travail jusqu'à aujourd'hui, on assiste à une militarisation du maintien de l'ordre et à une escalade de violence sans que jamais le gouvernement et la hiérarchie policière n'envisagent la désescalade afin de garantir le droit constitutionnel de manifester. 

Auxiliaires finalement bien pratiques d'un pouvoir autoritaire, les  casseurs servent de justification à toutes les pressions, les brimades, les contraintes et les coups portés contre les manifestations sociales. Mais on a vu samedi qu'ils ne détestent pas que la police. Place de la Nation on a relevé 21 blessés dont 4 ont été hospitalisés parmi les militantes et militants franciliens de la CGT. Les véhicules de la CGT ont été assaillis et vandalisés sous les yeux des forces de l'ordre par un groupe d’individus portant des slogans d'extrême droite et dont certains se revendiquaient gilets jaunes. Lors de la dispersion, les militant.e.s CGT ont essuyé insultes homophobes, sexistes, racistes et une pluie de coups et de projectiles alors que les voies d'issues prévues étaient bloquées par les forces de l'ordre. Mais tout au long de la manifestation depuis la République les militant.e.s chargés de la sécurité et le cortège ont aussi dû faire face à plusieurs interventions des forces de l’ordre totalement injustifiées et disproportionnées. Des scènes tout aussi inquiétantes se sont déroulées à Lyon où des hommes cagoulés munis de gants de motos et de bâtons s'en sont pris à des militant.e.s du syndicat CGT Deliveroo-Uber Eats de Lyon qui appelaient au calme afin d'éviter que les forces de l'ordre chargent le cortège, notamment parce que dans leurs rangs ils comptaient des sans papiers qui risquent gros en cas d'interpellation. « Rien à foutre de tes collègues sans papiers ! », auraient répondu les assaillants. Des faits très graves, qui confirment le ciblage de la CGT par la fachosphère pour abattre une des dernières digues à la peste brune. 

La violence des casseurs comme celle des forces de l'ordre subie par les manifestants à Paris comme en régions contraste de manière stupéfiante avec le calme et la détermination paisible et joyeuse du mouvement des occupations de lieux de culture qui dure depuis le 4 mars. Menées dignement par les précaires, les intermittents du travail, les oubliés du « quoi qu'il en coûte », ces occupations sont une dénonciation de la violence sociale que subissent ces travailleuses et travailleurs. 

« Le monde du travail ne reculera pas plus devant ce type d’agressions que face aux politiques libérales menées par le gouvernement actuel, dont les lois veulent nous priver de notre liberté » a prévenu la CGT dans un communiqué. 

C'est un piège cynique et dangereux que celui de la violence exercée contre le mouvement social. Un piège politicien abjecte où comme de juste la fille Le Pen nous prédit quatre ans de « chaos » en cas de réélection d'Emmanuel Macron et se présente en « présidente de la paix civile » après avoir apporté son soutien aux militaires prêts à rétablir l'ordre. L'autre mâchoire du piège, c'est la violence des coups portés par les réformes néolibérales d'Emmanuel Macron, la surdité du gouvernement et du patronat aux expressions revendicatives, le mépris et le dévoiement du dialogue social, la délégitimation des corps intermédiaires.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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