Les femmes dans l'angle mort des ordonnances

Dans un discours qui se voulait fondateur dans la lutte contre les violences faites aux femmes, Emmanuel Macron n'avait rien négligé pas même la minute de silence et l'évocation forcément poignante des prénoms de quelques une de ces femmes qui tombent chaque année sous les coups meurtriers de leur conjoint ou ex-conjoint.

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Mais à y regarder de près lorsque l'on examine les mesures annoncées, on a le sentiment d'avoir assisté à une grande opération de communication.

D'abord Emmanuel Macron a totalement évacué l'entreprise du champ des violences subies par les femmes, alors que 25 % de ces agressions sexuelles sont commises sur le lieu de travail et que 80 % des entreprises n'ont pas de plan pour prévenir ces violences. Dans un moment où il est de bon ton de foutre la paix au Medef sur tout ce qui touche aux inégalités de salaires, discriminations sexistes, Emmanuel Macron n'allait tout de même pas se fâcher avec Pierre Gattaz.

Mais on comprend bien pourquoi le chef de l'Etat s'est abstenu sur le sujet. Il aurait fallu qu'il écorne les ordonnances qu'il vient d'imposer avec sa majorité libérale. Notamment celle qui prévoit la fusion des instances représentatives, dont le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, dont les attributions en matière de prévention de ces violences sera désormais réattribué à l'instance unique, le Comité social et économique. Jusqu'à présent, le CHSCT avait un budget entièrement pris en charge par l'employeur pour utiliser son pouvoir d'enquête en cas d'accusations de violences sexuelles ou sexistes dans le milieu professionnel. Désormais, ce budget sera dilué dans celui du Comité social et économique, qui devra donc le cofinancer. « On ne pourra donc plus faire autant d'enquêtes » a déploré la secrétaire générale adjointe de l'Ugict-CGT interrogée sur LCI ce dimanche.

« Ensuite, parce que noyer le CHSCT dans une instance unique porte un coup à l'expertise qui avait commencé à émerger sur ces violences depuis une dizaine d'années », regrette Sophie Binet. «  En matière de prévention au travail, la santé n'était déjà pas prioritaire, et au sein même des questions de santé, ce sont rarement les violences sexistes et sexuelles qui sont mises en avant, à l'avantage des questions liées à la prévention physique, à la pénibilité. » Le CHCST avait l'intérêt d'entendre les « bas bruits » de l'entreprise, leur disparition met les femmes dans un angle mort.

Au-delà, le discours d'Emmanuel Macron sonne creux dès qu'on l'envisage sous l'angle des moyens alloués à cette grande cause nationale. Le discours du chef de l’Etat « se voulait symboliquement fort et promeut plusieurs mesures nouvelles », sauf qu’elles « ne sont accompagnées d’aucun financement supplémentaire », écrivent les signataires d'une tribune dans le Monde ce dimanche, parmi des syndicalistes comme le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez et Bernadette Groison (FSU). En effet, alors que l’Elysée a annoncé la semaine dernière que les crédits interministériels consacrés à l’égalité femmes-hommes passeront à 420 millions d'euros en 2018, contre 397 millions en 2017, « seuls 15 % de ces crédits sont consacrés à la lutte contre les violences. (…) Nous demandons une augmentation budgétaire au moins équivalente à ce que l’Espagne a débloqué - à savoir un milliard d'euros sur cinq ans - associé à une loi-cadre », ajoutent-ils.

Concernant les violences faites aux femmes sur leur lieu de travail, les signataires regrettent qu’Emmanuel Macron n’ait « pas dit un mot samedi » d’une norme qui doit être examinée en juin prochain par l’Organisation Internationale du Travail (OIT), pour mieux lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Ils rappellent que « le contenu et la portée de cette norme dépendront de la position des Etats ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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