Réformes: Macron joue les boutefeux

En accélérant le calendrier de ses réformes, Emmanuel Macron compte, -hélas avec quelque succès comme on l'a vu pour la réforme du Code du travail- sur l'effet de sidération, sur les divergences entre organisations syndicales et sur l'exacerbation des divisions et sur l'état des partis de l'opposition de gauche.

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 Il ne peut en effet pas compter sur une adhésion des Français à son programme, car il faut bien garder à l'esprit qu'il n'a recueilli les suffrages que de seulement 14 % des inscrits au premier tour. Le second tour ne valant pas adhésion, puisqu'il s'agissait pour les Français d'écarter la fille Le Pen.

Mais si cette stratégie hyper-volontariste qui fait penser à un rouleau compresseur a fonctionné au cours des premiers mois de son mandat, il n'est pas du tout certain qu'elle opère durant les quatre prochaines années. Et pour tout dire, avec la réforme ferroviaire, celle de la fonction publique, la crise financière et sociale des hôpitaux, des Ehpad, l'augmentation de la CSG sur les retraités, les annonces de suppressions d'emplois industriels ou dans les services, Emmanuel Macron a tellement allumé de mèches qu'il risque d'être confronté à une vraie explosion sociale.

De ce point de vue, les mobilisations qui se préparent avec des appels unitaires pourraient bien très vite être soutenues et approuvées par l'opinion. Pour l'heure, les fédérations syndicales de cheminots expriment unitairement « un large rejet des mesures et de la méthode annoncées qui, si elles étaient inscrites dans la loi, porteraient un coup sévère au service public ferroviaire ».

Les syndicats de cheminots ont convenu le 27 février de se rendre aux concertations organisées par le gouvernement « pour porter leur refus du démantèlement du service public ferroviaire et du recours aux ordonnances ». Mais les premiers échanges avec la ministre des Transports ont confirmé leurs craintes. Reçus le 1er mars au ministère des Transports, ils se sont dit inquiets à l'issue des entrevues. La CGT cheminots, « n'est pas rassurée du tout », a dit son secrétaire général Laurent Brun. Il y a eu « beaucoup d'échanges, mais pas beaucoup de marges de manœuvre », a-t-il ajouté.

La CGT participera « sans beaucoup d'illusions » à la concertation de deux mois. « Au-delà de la concertation, nous voulons de la négociation, nous n'avons pas eu gain de cause » et le gouvernement reste « ferme » sur le statut a résumé Laurent Brun. L'Unsa a, elle aussi, insisté sur la nécessité d'une « négociation », déplorant un calendrier « extrêmement » serré. SUD-Rail s'est trouvé face à « un gouvernement qui ne souhaite pas discuter », avec « un calendrier absolument démentiel » et « aucune marge de manœuvre » Quant à la CFDT, elle a dénoncé « un simulacre de concertation » et aussi critiqué « un calendrier trop court vu la complexité des sujets à traiter ».

La première séquence des quelques 70 réunions de la concertation est donc plutôt un « bide » pour Elisabeth Borne, la ministre des Transports. Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF se sont donné rendez-vous le 15 mars pour décider d'une éventuelle grève, au vu du résultat de la concertation et du contenu du projet de loi d'habilitation des ordonnances que devrait présenter le gouvernement le 14 mars.

Mais dès jeudi dernier, les fédérations syndicales ont déposé une alerte sociale, première étape pour pouvoir appeler à la grève. « Si le gouvernement devait choisir le passage en force, elles appelleraient les cheminots à agir par la grève et le Premier ministre porterait alors toute la responsabilité du conflit dur qui s’en suivrait ». Dans le contexte social où nous nous trouvons, il n'est pas du tout certain que cheminots, fonctionnaires se trouvent irrémédiablement isolés du reste de la population. Bien au contraire !

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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