L'égalité n'est pas un luxe

Quelques jours après une nouvelle déroute électorale pour le parti présidentiel et un scrutin marqué par un record historique d'abstention, l'occasion était trop belle pour Emmanuel Macron de reprendre la main.

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 L'occasion lui en a été donnée avec le Forum Génération Égalité, une rencontre internationale sous l’égide de l’ONU, organisée à Paris et sur Internet, consacrée aux droits des femmes à travers le monde. Une nouvelle fois, le chef de l'État s'y est présenté comme un rempart contre les conservateurs et les populistes d'extrême droite au pouvoir dans le monde et aussi dans l'Union européenne qui multiplient les atteintes aux droits fondamentaux des femmes, les maintiennent dans un sous-statut, les réduisent à l'extrême pauvreté.

C'est clair, la France n'est ni le Brésil de Bolsonaro, ni la Pologne de Mateusz Morawiecki qui a défendu une décision de justice synonyme d'interdiction quasi totale de l'avortement. La France n'est pas non plus la Hongrie de Viktor Orban qui a fait voter au Parlement une loi visant à interdire les programmes éducatifs, publicités, livres ou séries dans lesquels l’homosexualité est évoquée. Mais s'il parle haut dans les sommets pour dorer son bilan, Emmanuel Macron est loin d'avoir fait avancer notre pays en matière de droits des femmes, d'égalité salariale ou dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Chaque nouveau féminicide nous rappelle ainsi cruellement la faillite des services de l'État dans la protection des femmes.

Et pour ce qui concerne les violences et les agressions subies à l'entreprise par les travailleuses, la ratification a minima par la France de la convention de l'Organisation internationale du travail contre les violences et le harcèlement dans le monde du travail est un signal bien faible. Le gouvernement a en effet refusé d'intégrer les préconisations de l'OIT et de faire évoluer l'arsenal législatif permettant de lutter efficacement contre ces violences subies par une femme sur trois au travail.

Des violences que 70 % des victimes  déclarent n'avoir jamais révélé à leur employeur. Lesquels la plupart du temps n'ont aucun plan de prévention pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Pire, si les victimes se taisent c'est parce que dans 40 % des cas la situation se règle en défaveur des victimes, par une mobilité forcée, voire un licenciement. Ajoutons à cela que la loi Travail a supprimé les CHSCT et les DP pour les fondre dans les CSE éloignant ainsi les représentants en proximité des salarié.es. Ainsi, les signaux à bas bruits des violences, du harcèlement sexiste et sexuel ont d'autant moins de chance d'être entendus et traités. Cette disparition des CHSCT est désormais à l'agenda de toute la fonction publique qui n'est évidemment pas épargnée par les violences sexistes et sexuelles au travail.

« La pandémie a agi comme un révélateur des inégalités femmes-hommes et a généré, dans certains cas, un véritable recul des droits des femmes. » a alerté la délégation aux droits des Femmes et à l’égalité du Conseil économique, social et environnemental (Cese) qui a présenté, le 23 mars, un avis sur la crise sanitaire et les inégalités de genre. Destructions d’emplois, violences intrafamiliales, burn-out domestique et parental, perte massive d’emplois, risques psychosociaux ont particulièrement été subis par les femmes surreprésentées dans les emplois précaires et certains secteurs touchés par les restrictions. Y compris sur des sujets considérés -à tort- comme consensuels, comme le télétravail, présenté comme un privilège protégeant les cadres des risques sanitaires. Le télétravail est aussi un révélateur de profondes inégalités au sein du foyer.

Là encore, les atermoiements et les beaux discours macronistes ou patronaux n'ont pas été suivis des effets attendus par les millions de travailleuses de la première ou de la seconde ligne. Petites mains et chevilles ouvrières du « prendre soin », qualifiées ou pas, elles continuent d'être mal payées, pas reconnues dans leurs rôles sociaux et économiques. Quant aux plus qualifiées, selon les dernières données de l'Insee-2018, le salaire minimum des 10 % des femmes les mieux rémunérées est inférieur de 19 % à celui des hommes (soit 3 314 euros pour les femmes contre 4 107 euros pour les hommes). Chez les cadres supérieur.e.s, donc parmi les salaires les plus élevés : les femmes cadres gagnent 18 % de moins que les hommes cadres.

Dans son avis, voté notamment par la CGT, le Cese développait le concept « d’éga-conditionnalité », proposant notamment que l’argent public et en particulier les milliards du plan de relance doit servir à corriger les inégalités. Ainsi, le plan de relance devrait intégrer une analyse genrée. Et il concluait : « l’égalité n’est pas un « luxe » en temps de crise, mais le gage d’une réponse pertinente ».

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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