En plus du corona, le virus de la défiance gagne du terrain

Le gouvernement serait-il de moins en moins audible ? Sa furia réformatrice tout comme sa gestion de la crise sanitaire seraient-elles en train de se heurter au mur d’une opinion publique de plus en plus rétive ? On peut se poser la question après la publication coup sur coup de deux sondages sur des thèmes certes différents.

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Il y a ce Baromètre des décideurs réalisé par ViaVoice pour HEC Paris, Le Figaro et BFM Business, qui vient nous dire que les Français ne veulent pas de la réforme des retraites, et notamment du régime universel par répartition et par points adoptée début mars grâce au 49-3. Les Français, qui étaient déjà opposés au dessein du président de la République avant le déclenchement de la pandémie au printemps, n’ont pas changé d’avis avec la crise sanitaire et sociale sur laquelle vient nous éclairer le sondage de l'Institut Elabe diffusé dimanche matin. S’il montre une très forte inquiétude des Français face à la propagation du coronavirus à 73 %, il témoigne aussi d'une confiance au plus bas dans l'aptitude de l'exécutif à lutter efficacement contre la diffusion du coronavirus. Seules 35 % des personnes interrogées font encore confiance à la Team Macron sur ce sujet. Et ce taux chute à 24 %, parmi les classes populaires en baisse de huit points en une semaine. Chez les cadres, la glissade est cette fois de 10 % en sept jours, même si parmi ces catégories la confiance est encore à 41 %. La population change de ton... elle se fait moins docile. Comment pourrait-il en être autrement ? Personne ne comprend plus rien aux injonctions « sanitaires » et les Français qui massivement font des efforts en ont ras-le-bol d'être infantilisés. Les jeunes en ont assez d'être traités d'irresponsables.

Les masques dont on nous avait dit qu'ils ne servaient à rien, sauf à affoler les populations au moment où on en manquait scandaleusement, sont devenus l'alpha de la lutte contre la Covid tandis que l'oméga réside dans le gel hydroalcoolique. Mais désormais plus personne ne fait mystère de l'état dégradé de notre système de santé. Tout le monde sait désormais que c'est parce qu'on manque de lits de réanimation qu'il faut à tout prix éviter l'embolie. Et l'on réalise que depuis cinq mois, nos capacités n'ont pas évolué positivement. Après la pénurie de masques, de lits de réanimation, de tests, l'incurie sanitaire de ce gouvernement saute encore aux yeux. Et la comparaison avec l'Allemagne est de ce point de vue parlante. Ce pays s'en tire mieux, parce qu'il a un système hospitalier plus confortable que le nôtre.

L'exécutif a beau nous servir le Ségur de la santé comme panacée universelle aux maux et à la crise de l'hôpital, c'est tout le secteur de la santé et de l'action sociale qui craque. Et qui va encore se mobiliser le 15 octobre. La CGT de la santé et de l’action sociale appelle avec d’autres syndicats et collectifs, à une journée nationale de grève et de mobilisation dans les secteurs de la santé, du médicosocial et du social. Elle estime en effet que « le protocole d’accord sur les carrières et rémunérations, ainsi que le Ségur de la santé ne sont pas satisfaisants du tout, voire inadaptés aux demandes et revendications des personnels de ces secteurs d’activité. »

La CGT estime ainsi que ces professionnels « invisibles » doivent être reconnus dans leur rôle et leurs qualifications « au même titre que tous les acteurs du soin ». Quant au secteur hospitalier, les personnels croulent à nouveau sous les assauts de la pandémie, sans que des moyens conséquents n’aient été attribués de façon pérenne. Cette journée de mobilisation alors que s'élabore le projet de loi de financement de la Sécurité sociale aura notamment pour revendications, «L’ouverture massive de lits et/ou services en psychiatrie, les services de soins et les structures du sanitaire, du médicosocial et du social partout où cela est nécessaire et pour désengorger les urgences ; la reconnaissance sans condition en maladie professionnelle de tous les personnels de santé et d’action sociale atteint par la Covid-19 ; l’arrêt de la déréglementation sur le temps de travail rendu possible par le protocole d’accord du « Ségur de la santé » et la baisse de temps de travail pour nos métiers pénibles »

Seul un vrai réinvestissement massif dans notre système de santé publique tout entier serait de nature à redonner confiance et combattre cette pandémie.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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