Le jour d'après sera celui des comptes

Alors que l'on s'interroge sur le « jour d'après » cette pandémie de Covid 19 et que la team Macron nous abjure de remettre à demain les polémiques pour rester « focus », force est de constater qu'après la sidération, le temps est déjà venu de demander des comptes au gouvernement et d'en contester les décisions et les arbitrages faits au nom de cette crise sanitaire.

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Sur sa gestion de la crise. Sur le dénuement dans lequel il a délibérément maintenu le système de soins. Sur sa politique industrielle qui nous maintient dans une dépendance aiguë avec la Chine ou l'Inde en ce qui concerne le médicament et nos équipements. Sur l'incohérence de ses injonctions « restez chez vous » versus « allez bosser ». Sur les blancs-seings accordés à des entreprises qui manifestement ne servent à rien pour combattre le virus, mais qui font bosser leurs salariés sans protection suffisante. Sur les entorses à ce qu’il reste du Code du Travail, décidées pour prétendument assurer bien au-delà du confinement les conditions d'une reprise. Sur le dénuement dans lequel il a laissé travailler les personnels des hôpitaux, des Ehpad, des établissements de l'action sociale, tout comme ceux des prisons, les pompiers, les forces de l'ordre. Des fonctionnaires ou des salarié.e.s qui assument une mission de service public qui non seulement sont exposé.e.s, mais qui en plus deviennent contaminant.e.s pour leurs publics, comme pour leurs familles. Sur l'inanité du suivi pédagogique de l'Éducation nationale qui non seulement révèle les zones blanches de l'internet, mais aussi accentue les inégalités entre les élèves. Et l'acte d'accusation pourrait -devrait- s'allonger à en juger par l'accumulation des plaintes en justice, individuelles ou de nature syndicales, les demandes de commissions d'enquête parlementaire.

On avait bien perçu dès les premières contaminations dans le Grand-Est puis dans les Hauts-de-France que cette crise était politique et qu'elle nous disait -ou plutôt nous confirmerait- ce que dénoncent les organisations syndicales, les associations qui en appellent depuis des années à des mesures d'urgence. On a bien pris en plein figure dès le début du confinement le mur des inégalités sociales que la politique d'Emmanuel Macron a balayé de ses fameuses sentences définitives et méprisantes alors qu'elles lui revenaient en vagues jaunes chaque samedi.

Le gouvernement a tout à craindre de la fin du confinement car en effet viendra l'heure de rendre des comptes. Pas tant pour voir tomber des têtes, mais pour que des profonds changements se produisent. E. Macron et ses ministres glorifient les invisibles qu'il méprise d'ordinaire dans une communication lénifiante. Ils mettent en scène l'arrivée bien tardive des masques sur les tarmacs à grands renfort de forces de police, de fusils d'assaut. Ils nous assènent chaque jour le décompte des malades en réanimation transportés avec des moyens exceptionnels pour mieux nous faire oublier qu'il ne veulent pas remettre en service les deux hôpitaux du Val de Grâce et de l'Hôtel Dieu. On nous montre l'extraordinaire pour mieux faire oublier l’impéritie du quotidien.

C'est dans cette guerre de communication que les organisations syndicales (dont la CGT), professionnels, collectifs inter-hospitaliers appellent dans un communiqué du 2 avril la population confinée à manifester aux fenêtres et balcons ce 7 avril journée mondiale de la Santé. Pas pour s'entendre une nouvelle fois dire merci, mais pour exiger ensemble soignant.e.s et population que le gouvernement rouvre « des lits d’hôpitaux là où c’est nécessaire, reconstituer les troupes en réembauchant du personnel médical et non-médical, administratif et ouvrier, et le payant décemment pour qu’il revienne notamment dans le service public, qui soigne chacun d’entre nous sans considération de fortune et sans trier les malades sur leur « rentabilité́ » ». Que E. Macron en soit certain... « À l’issue de cette crise, il faudra déterminer les responsabilités dans les politiques de rationnement de notre système de santé qui coûte aujourd’hui des vies aux patient.e.s comme aux professionnels », annoncent déjà les personnels de santé.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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