1er mai Mensonge d'État dans un nuage de lacrymo

Le ministre de l'Intérieur peut-il croire qu'il va s'en tirer avec une simple excuse sémantique du guêpier politique déclenché par ses propos au soir du 1er mai ? Peut-il exonérer l'exécutif du débat sur la réponse sécuritaire et violente qu'il apporte depuis des mois à un mouvement social ?

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La manipulation dont il s'est rendu coupable ne saurait être effacée et encore moins absoute en remplaçant « attaque » par « intrusion », en se défaussant lâchement sur la directrice de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière qui l'aurait induit en erreur. Christophe Castaner a terminé cette calamiteuse journée de la fête des travailleurs par un mensonge d’État pour couvrir une pratique du maintien de l'ordre délétère, inefficace et politiquement injustifiable. Les manifestants que l'on voit sur la vidéo filmée de l'intérieur par le personnel, nous montre des citoyens qui exerçaient leur droit de manifester et qui ont dû fuir, paniqués, terrorisés, asphyxiés et brutalisés par des policiers. Parce que les milliers de manifestants qui sont parvenus jusqu'au dernier tronçon du parcours passant devant l'hôpital ont, été « nassés », gazés, pour certains frappés.


C'est la gestion de la sécurité durant toute la journée du 1er mai à Paris qui a posé problème. Alors que les méthodes consistant à enfermer les manifestants dans une nasse ont été contestées par le Défenseur des droits dès 2017, Castaner a fait enfermer des milliers de personnes dans une nasse où l'on ne rentrait qu'après avoir été fouillé. Le contact entre manifestants et les forces de police était constant et les charges, les gazages et l'usage des grenades se sont multipliés jusqu'au cœur d'une foule dense. Le carré de tête intersyndical de la manifestation parisienne qui n'arrivait pas à se former, ni à tenir son traditionnel point de presse, a subi neuf charges que les dévots du pouvoir ont justifié par les exactions des black-bloc.

La réalité, on la voit sur les images tournées tant par les journalistes présents aux côtés de Philippe Martinez et des dirigeants syndicaux que sur celles des manifestants : le service d'ordre de la CGT a été violemment chargé, dix de ses membres ont été blessés alors que les projectiles étaient jetés sur la police plusieurs dizaines de mètres plus loin. C'est un groupe intersyndical parfaitement identifiable, statique et calme en dépit de la tension générée par les black-bloc, qui a été pris à partie par une police déchaînée à qui il est de bon ton de trouver toutes les excuses. À noter que durant toute la manifestation le carré de tête du cortège syndical a été la cible de gaz lacrymogène à plusieurs reprises, dont une accompagnée du canon à eau. La version officielle serait la volonté des forces de l’ordre de scinder le cortège pour mieux canaliser la foule.


Le mensonge d'État, s’appuyant sur l’émotion collective, ne saurait être converti en maladresse. Il relève de la manipulation de médias bien trop complaisants qui prennent les vessies policières et gouvernementales pour des lanternes. Les rares mea culpa de quelques confrères ne peuvent là aussi exonérer la presse d'un grand débat sur la manière dont ce mouvement social est traité. Mais aussi d'autres avant lui comme la lutte des cheminots contre la réforme ferroviaire ou le mouvement contre les lois Travail de Myriam El Khomri, puis de Murielle Pénicaud. Comment des éditorialistes ont-ils pu donner crédit une seule seconde à la thèse policière officielle de l'attaque d'un hôpital alors que sur le terrain, dans les manifestations, leurs confrères journalistes sont molestés, insultés, empêchés de travailler, fouillés, blessés, délibérément visés par la police ? La coupe est d'ailleurs si pleine que la protestation des syndicats de journalistes (dont le SNJ-CGT) et de plusieurs titres de presse prend de l'ampleur.


Ces dérapages éditoriaux, tout comme la répression sont le fruit d'une morgue et d'un mépris de classe à l'égard d'un mouvement social porteur d’un autre projet de société.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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