Fiscalité : renverser la table et changer d'assiettes

En répondant aux revendications portées par le mouvement des Gilets jaunes avec des miettes, beaucoup d'enfumage tout en pointant les « hordes haineuses », Emmanuel Macron pensait sans doute éteindre l'incendie. Il semble qu'il se soit encore trompé.

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L'acte 8 de cette mobilisation a encore surpris par son ampleur avec 50 000 manifestants recensés. Les affrontements violents et leur sur-médiatisation devraient agir comme un repoussoir, et pourtant, rien ne marche comme le chef de l'État le voudrait. Le mouvement se poursuit et l'opinion ne s'est pas retournée contre les Gilets jaunes.

Ces derniers, ou plutôt ces dernières ont dimanche 6 janvier à nouveau marqué les esprits avec ces manifestations de femmes Gilets jaunes dans plusieurs villes dont Paris. Elles ont ainsi voulu pacifiquement reprendre l'avantage médiatique en rappelant le fond de leurs revendications. À Toulouse, elles ont défilé derrière une banderole proclamant : « Précarisées, discriminées, révoltées, Femmes en première ligne ».

Crevant l'écran et reléguant les affrontements en deuxième plan, elles ont pris la parole pour rappeler que la galère, les petits boulots, les bas salaires, les retraites minables se conjuguent d'abord au féminin. Voilà un cri que Macron ne saurait étouffer en nous faisant croire que les hordes fascistes sont prêtes à faire tomber la République. Pas plus qu'il ne pourra rayer d'un trait de plume les revendications et doléances portées par milliers sur des cahiers dans des mairies.

L'une d'elles revient, lancinante comme une épine dans le pied du président des riches qui défend bec et ongles la suppression de l'ISF. L'aspiration à la justice fiscale, l'intolérance grandissante vis-à-vis de la fraude et de l'optimisation fiscale, les ponts d'or consentis aux GAFA et aux multinationales sont inscrites durablement dans l'opinion. Tant et si bien que 77 % des Français sont favorables au rétablissement de l'Impôt de la Solidarité sur la Fortune (ISF) à l'issue du « grand débat national » voulu par Emmanuel Macron, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche. Et comme on est toujours lâchés par les siens le même sondage nous apprend que plus de 60 % des partisans de La République en Marche souhaitent le rétablissement de l'ISF.


En s’arc-boutant sur cette mesure, Macron fait une nouvelle fois la preuve de son décalage stratosphérique avec le réel. Mais il ne faudrait pas qu'il s'en tire en lâchant sur l'ISF pour s'exonérer d'une vraie réforme fiscale. L'ISF est plus qu'un symbole, mais le rétablir sans changer d'un iota un système fiscal de moins en moins progressif, qui fait peser ses recettes sur les plus modestes par les taxes et les indirects serait vain. Il faut renverser la table et changer les assiettes pour établir une vraie justice fiscale. Ça urge...

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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