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Billet de blog 7 mars 2022

Emmanuel Macron et l'égalité femmes-hommes : « Grand causeur… petit faiseur »

Le chef de l'État avait annoncé il y a cinq ans vouloir ériger la lutte contre les inégalités femmes-hommes, en « grande cause du quinquennat ».

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Aussi, alors que se profile cette semaine une nouvelle grève féministe à l'occasion du 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, et que se termine son quinquennat, il n'est pas inutile de faire le bilan. Car il n'est pas fameux, en dépit d'un ultime sursaut avec l'adoption récente - mais combien tardive-  de l'allongement des délais pour l'IVG ou l'élargissement de l'accès à la PMA. Un bilan jugé même « largement insuffisant » par un rapport publié par Oxfam France et cinq associations la semaine dernière.

 Emmanuel Macron n'aura donc pas brillé dans la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes ni contre les violences sexistes et sexuelles si on en juge par les cinq indicateurs avancés par le rapport. « La politique en faveur de l'égalité femmes-hommes représente 0,25 % du budget de l'État ; en moyenne 1 femme est tuée par son conjoint ou ex-conjoint tous les 3 jours; (…) il manque 230 000 places de crèches en France, et 40 % des parents d'enfants de moins de 3 ans sont sans solution de garde; la France est 26ème sur 30 au classement des pays donateurs de l'aide vers les droits des femmes; près de 2 millions de femmes et de filles font face à des difficultés d'accès aux protections hygiéniques pour des raisons avant tout financières ».


Grand causeur, petit faiseur, Emmanuel Macron l'est indéniablement si l'on ne prend que l'exemple des métiers de la première ou de la deuxième ligne. La plupart du temps effectués par les premières de corvées dans une Macronie qui chérit les « premiers de cordée ».  S'il a été capable de grandes envolées lyriques pour accompagner les bravos et les applaudissements aux balcons... qu'a-t-il fait de concret pour revaloriser les métiers à prédominance féminine ? Pratiquement rien spontanément et définitivement rien sans une forte pression revendicative. On nous rebat les oreilles avec le Ségur de la Santé et les 183 euros chichement accordés, mais qui n'ont pas stoppé l'hémorragie de personnels qualifiés dont ces métiers souffrent. La prédominance des femmes dans ces métiers est l’un des principaux facteurs expliquant les 25 % d’écart de salaire entre les femmes et les hommes.

Soigner, aider, accompagner, assister, servir, éduquer, etc. sont considérées comme des qualités « naturelles » pour les femmes. Naturelles ? Ce n'est pas ce qui ressort des plus de 5800 questionnaires de l'enquête de la CGT et de l'IRES menée sur 14 métiers à prédominance féminine. Ils montrent « que le contenu de ces professions est plus complexe que leur qualification. La majorité des salariés témoigne qu’il faut un an pour maîtriser les gestes du métier », témoigne pour nvo.fr, Rachel Silvera, l'économiste qui copilote cette enquête. Il s’agit évidemment de l’exercice de qualifications acquises : on ne naît pas patiente, à l’écoute, polyvalente, minutieuse ou organisée, on l’apprend, notamment dans le cadre professionnel.

On n'a pas découvert les inégalités salariales femmes-hommes il y a cinq ans, soyons justes. Mais Emmanuel Macron a failli sur ce sujet. Il n'a rien fait contre le « plancher collant  » des temps partiels qui sont si souvent la règle pour les métiers féminisés. Rien non plus pour briser les « parois de verre » qui concentrent les femmes dans des métiers où les qualifications, les responsabilités et la pénibilité ne sont pas reconnues. Rien ou si peu pour faire tomber les « plafond de verre » ou « plafond de mère » qui empêchent que les femmes accèdent aux responsabilités professionnelles. Rien pour que les politiques salariales cessent de pénaliser les femmes en donnant du poids aux éléments variables et les primes qui dissimulent des critères indirectement discriminants pour les femmes (présentéisme, charisme, participation au chiffre d’affaires…).

Ce qui a changé en revanche en cinq ans, c'est que ces inégalités, ces violences faites aux femmes sont devenues insupportables à l'opinion, aux travailleuses. La poussée revendicative n'a jamais été aussi forte et gageons que même dans le contexte pesant et lourd de la guerre en Ukraine, la mobilisation de ce mardi sera puissante.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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