Macron appelle Castex pour finir le travail

Une bonne claque aux municipales et voilà confirmé le scénario attendu depuis des semaines : Édouard Philippe s'en retourne au Havre et le tournant politique annoncé par les contempteurs de la Macronie se concrétise par un cap fermement maintenu à droite.

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Jean Castex le nouveau Premier ministre a été le secrétaire général adjoint de Nicolas Sarkozy à l'Élysée. C'est donc un nouveau scalp arraché aux Républicains. Le scenario rappelle celui de 2017, lorsque Édouard Philippe avait été choisi comme chef du gouvernement, Bruno Le Maire à l'Économie, Gérald Darmanin aux Comptes publics... Macron est donc bel et bien en même temps de droite et de droite au point qu'un proche du nouveau locataire de Matignon reconnaissait sur France Info vendredi dernier : "on voit bien que les Républicains servent de vivier à la politique de Macron". De vivier et d'inspiration, on l'aura compris.

Signe en tout cas de continuité, le nouveau Premier ministre s'inscrit dans la méthode chère à Macron : on se cause, mais on ne négocie pas. Jean Castex a ainsi annoncé vendredi vouloir "ouvrir des concertations" afin d'élaborer "un nouveau pacte social". Que peut-on sérieusement attendre de cet ancien directeur de l'hospitalisation au ministère des Solidarités en 2005-2006, puis directeur de cabinet de Xavier Bertrand à deux reprises, d'abord au ministère de la Santé (2006-2007) puis au Travail (2007-2008) ? Sans doute une bonne connaissance des sujets sociaux tels que la réforme des retraites ou les questions de l'hôpital, mais assurément pas l'amorce d'un changement de politique sociale.

Deux ans avant la prochaine présidentielle, Macron veut accélérer l'adoption et la mise en œuvre de ses réformes libérales. À commencer par celle de notre système de retraites qu'il n'a pas abandonnée. D'ailleurs lors de son interview donnée à la presse régionale jeudi 2 juillet, Macron ne craint pas d'interroger : « Est-ce que la réforme des retraites est à jeter ? Non." Pas plus qu'il n'a encore renoncé à celle de l'assurance chômage, juste reportée.

C'est bien en puisant dans le bréviaire du libéralisme échevelé que Macron essaie de nous vendre ce qu'il a pompeusement nommé « les jours heureux ». En réalité, au prétexte d'une crise économique que tous les indicateurs nous confirment ou nous prédisent, le gouvernement remanié va parachever le travail et obtempérer aux exigences patronales de faire payer l'addition aux salariés et aux contribuables.

Dans ces conditions, seules les mobilisations syndicales et citoyennes porteuses d'exigences sociales, écologiques, d'égalité des droits et de démocratie peuvent changer ou inverser la donne. « Les Français y sont favorables », assure la CGT qui cite un sondage Viavoice pour Libération, « Coronavirus : quel monde d'après ? » d'avril 2020 : 69 % jugent nécessaire de ralentir le productivisme et la recherche perpétuelle de rentabilité, 70 % jugent nécessaire de réduire l'influence de la finance et des actionnaires sur la vie des entreprises, tandis qu'ils sont 73 % à être favorables à la mise sous conditions écologiques et sociales des aides publiques versées aux entreprises. Et il faut voir comme un élément encourageant le fait que syndicalistes, militants, altermondialistes, écologistes, associatifs se soient rassemblés dans une large plateforme revendiquant « des mesures sociales, environnementales et féministes pour construire, ensemble, le monde d’après ». Il s'agira par exemple tous ensemble de rappeler Macron à ses promesses de « décisions de rupture » ou encore de placer « des services publics en dehors des lois du marché ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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