100 milliards pour ne rien changer

« La transformation et la modernisation du pays ne peuvent pas s'arrêter », avait annoncé Emmanuel Macron avant que Jean Castex dévoile le « plan de relance » à 100 milliards. Le chef de l'État entend bien mettre à profit la crise économique et sociale pour « préparer la France de 2030 ».

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 Le message est clair, Macron n'opère aucun virage, n'infléchit rien et ne renonce à rien de sa furia libérale. Au contraire, il a mis deux fers au feu pour sa réélection : d'abord saturer l'espace politique avec le duel contre la fille Le Pen, ensuite poursuivre et approfondir les réformes néolibérales.

 De fait, le fléchage des 100 milliards d'euros est assez parlant. D'abord parce qu'il comporte pour l'essentiel des mesures en faveur des entreprises. Celle concernant les fameux impôts de production est à ce titre emblématique. L'exonération des impôts de production est une vieille revendication du patronat. Roux de Bézieux en rêvait, Macron lui offre sur un plateau. Et même si Castex nous annonce « de possibles contreparties », il s'empresse de corriger «  mais sans conditionnalité ». Les entreprises seront donc exonérées d’impôts de production à hauteur de 10 milliards d’euros par an et cela sans aucune condition. De ce point de vue, Macron est fidèle à sa logique qui lui a fait déverser des milliards d'euros pour, prétendument, sauver les filières automobile ou aéronautique alors que les constructeurs et les avionneurs annoncent des licenciements et des délocalisations de production ou d'ingénierie.

⁃ Alors que l'on attend quelque 800 000 chômeurs de plus d'ici la fin de l'année, un vrai plan de relance de l'économie devrait passer par un soutien aux familles, aux salaires, notamment ceux des travailleuses et travailleurs dont on a pu apprécier l'utilité sociale durant le confinement. Le gouvernement refuse de donner un coup de pouce à la consommation dont on sait qu'elle est un puissant levier de croissance pour amorcer la relance de l'économie. Au contraire, il incite les entreprises à généraliser le chantage à l’emploi et les accords compétitivité. Résultat : la double peine : des baisses de salaires et de droits, notamment pour les salariés les plus qualifiés, un effondrement de la demande intérieure avec pour conséquence récession et suppressions d’emplois... Pour justifier sa politique, il invoque les 100 milliards d’épargne accumulée par les Français pendant le confinement, oubliant de préciser que cela ne concerne pas tout le monde, loin de là, et qu’au vu des baisses d’emploi et de salaire annoncés, on ne saurait donner tort à ceux qui constituent une épargne de précaution. Surtout, plus que d’inciter à consommer tout azimut, une politique de transformation environnementale de l’appareil productif devrait au contraire viser à la mobilisation de l’épargne des Français au service du financement de long terme de l’économie et de la transition écologique. C’est la raison pour laquelle la CGT propose de longue date la création d’un livret industrie environnement permettant de réorienter l’épargne actuellement captée par des fonds spéculatifs (du fait de la baisse historique de rémunération de l’épargne réglementée). Mais fidèle à son principe selon lequel c'est « l'offre qui crée la demande », il mise tout aveuglément sur les entreprises. Ce plan est orienté vers l'offre au détriment de la demande, toujours en vertu de la théorie du ruissellement, dont Macron est un apôtre et qu'il a illustré avec sa formule des premiers de cordée. Le gouvernement nous indique que ce plan conduirait à la création de 160 000 emplois... Soit un coût de 600 000 € par emploi... À ce prix, mieux vaut créer de l’emploi public ! Par an, un poste de fonctionnaire coûte en moyenne 30 000 €, au service de l’intérêt général

⁃ Ce plan tourne aussi le dos au service public dont on a vu le rôle essentiel depuis le début de la crise. Là encore, le plan Castex nous prive d'un levier de croissance essentiel car il ne mise pas sur l'investissement public des collectivités territoriales.

Alors que nous nous enfonçons dans une crise délétère et sans doute durable, c'est un plan de rupture avec les politiques néolibérales et austéritaires dont le pays a besoin. Il est urgent de repenser et reconstruire un système qui ne mène qu’à l’impasse sociale et environnementale. Le plan Castex est aux antipodes des propositions élaborées par 18 organisations syndicales, ONG et associations pour préparer le jour d'après. Il a beau être dopé de 100 milliards d’euros, il n'inspire de confiance qu'au Medef et aux libéraux.

Parce qu'il est un coup d'accélérateur du néolibéralisme macronien, il appelle des réponses fortes du mouvement social et des citoyens. Le 17 septembre par exemple à l'occasion de la journée de mobilisation unitaire à l'appel de la CGT, FSU, FIDL, MNL, Solidaires, UNL, mais aussi le 26 septembre lors des marches pour le climat.

 

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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