Retraite : Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup

Emmanuel Macron est reparti en campagne, tel le camelot pour vendre sa réforme des retraites à qui veut l'entendre en nous refaisant le coup du grand débat, de la rencontre les yeux dans les yeux. Et si l'on en juge par les sondages, il a du pain sur la planche.

 

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Car selon une enquête Elabe, 61 % des Français ne se font guère de doute sur la concertation avec les « partenaires sociaux » et la consultation citoyenne. Ils estiment que tout est déjà décidé et que les débats ne seront pas utiles. Comment n'auraient-ils pas ce sentiment alors que sur la question de l'âge de départ en retraite qui est un des aspects très important, ils sentent un flou et pour tout dire tout un loup.

En effet, après avoir affirmé à l'issue du G20 de Biarritz qu'il renonçait à mettre en œuvre le fameux âge pivot, le chef de l'État l'a ressorti de son chapeau lors de son premier débat public à Rodez. Revenant sur sa promesse de campagne de ne pas toucher à l'âge légal de 62 ans, Emmanuel Macron a confirmé le 3 octobre à Rodez la nécessité de "définir" un "âge pivot" à partir duquel on pourra bénéficier d'une retraite pleine, sans décote. Autant le dire clairement, il veut faire travailler les Français plus longtemps en les frappant au porte-monnaie s'ils partent à l'âge légal. Et il a aussi envisagé des mesures pour nous faire cotiser plus longtemps en cas de déficit du système.

Les Français ne sont pas dupes de ces tergiversations sur l'âge pivot et 74 % des personnes interrogées citent le risque de devoir travailler plus longtemps en tête des inconvénients de cette réforme. Le deuxième point d'inquiétude concerne le montant des pensions. 68 % des Français craignent qu'elles baissent avec la réforme. Avec cette réforme, le gouvernement entend clairement repousser l'âge de départ, allonger la durée de cotisation en fonction de l'indicateur d'espérance de vie.

Mais il n'est pas indicateur plus inégalitaire ! Car cette espérance de vie est une moyenne et qu'elle est corrélée aux conditions de vie, de travail et de revenus. Et si l'on prend en compte l'espérance de vie en bonne santé alors reculer l'âge de départ en retraite est une mesure qui nous fait faire un bond en arrière. En 2017, l'espérance de vie en bonne santé était de 62 ans et demi pour les hommes et de 64 ans et neuf mois pour les femmes. Allonger la durée de cotisation, reculer encore l'âge de la retraite, c'est clairement priver du droit à la retraite en bonne santé les salariés les plus modestes, ceux qui sont le plus exposés dans leur carrière. Et cela alors que près de la moitié de ceux qui liquident leur pension ne sont déjà plus en activité, soit parce qu'ils ont perdu leur travail, soit pour raisons de santé.


C'est dans cette séquence où le gouvernement sent que ça peut exploser, notamment sur la question des régimes spéciaux avec des appels à la grève illimitée à la RATP début décembre que le Premier ministre Edouard Philippe brandit la menace et tente de monter les Français les uns contre les autres. Dans un entretien au JDD il a mis en garde contre d'éventuels blocages "qui auraient pour objet de conserver des régimes particuliers" de retraite n'ayant "plus lieu d'être", en disant ne pas croire que les Français accepteraient de "les subir". Edouard Philippe croit ou ne croit pas ce qu'il veut, mais il ne devrait pas prendre sa vessie pour une lanterne.

Le même sondage Elabe nous apprend en effet que si les Français sont sceptiques et frileux par rapport à la future réforme des retraites, ils se disent aussi solidaires des diverses mobilisations sociales. 90 % à approuver la mobilisation du personnel des urgences hospitalières et 89 % à approuver celle des pompiers. On le voit, l'exécutif n'a pas encore partie gagnée et les syndicats ont un espace à investir pour convaincre de la nocivité de cette réforme et développer leurs propositions comme le font la CGT et son organisation spécifique de l'encadrement depuis des semaines, par exemple sur un site dédié qui décortique cette réforme.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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