Hercule, fils de Jupiter, s'attire les foudres syndicales

Voilà plusieurs mois que les journées de grève et de mobilisation se répètent à EDF. Les syndicats de l'opérateur public d'énergie remobiliseront les 10 et 11 février.

hercule

Après trois journées à l'agenda de janvier, puis encore la semaine passée à l'occasion de la journée de mobilisation nationale interprofessionnelle du 4 février, les syndicats de l'opérateur public d'énergie remobiliseront les 10 et 11 février, alors que Barbara Pompili, ministre de l'Écologie, Jean-Bernard Lévy, P-DG d'EDF, et Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, seront auditionnés par les députés et sénateurs au sujet du plan « Hercule ».

 Si les syndicats -et en particulier la CGT, le premier d'entre eux, dans les industries électrique et gazière- sont vent debout contre ce plan voulu par Emmanuel Macron et négocié actuellement à Bruxelles, c'est parce qu'il engage EDF dans un processus de privatisation du service public de l'énergie, de son réseau de transport (RTE) et de l'ensemble de ses services commerciaux. Jupiter a donc chargé Hercule du sale boulot. Ce que les fédérations syndicales de l'énergie qualifient unanimement de « désintégration » conduisant à la disparition pure et simple d'EDF.

Dans la même logique à l'œuvre partout en Europe, Bruxelles impose la rupture de l'unicité des grands opérateurs pour ouvrir au marché les pans les plus profitables du service public, désengager les États de tout pilotage et des investissements nécessaires. C'est une logique identique qui a conduit à la séparation de la SNCF en activités distinctes avec les reculs que l'on connaît, notamment en termes de démaillage du réseau.

Hercule prévoit de tailler EDF en trois filiales : une publique pour les centrales nucléaires, une autre cotée en Bourse pour les énergies renouvelables et pour la distribution d'électricité et une troisième pour les barrages hydroélectriques impliquant la mise en concurrence d'EDF avec ses concurrents privés pour exploiter les concessions hydroélectriques.

Alors même que la pandémie et la crise sanitaire sont venues mettre en lumière l'absence de pilotage industriel par l'État, il est ahurissant que notre pays démantèle ses services publics, ses établissements publics industriels et commerciaux, ses grands réseaux structurants et les abandonne aux seules mains du marché et de la concurrence.

Alors que notre pays est à la traîne dans l'accomplissement de ses engagements environnementaux, il est hallucinant que la puissance publique abandonne aux seules lois de la profitabilité un opérateur essentiel pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans ce combat contre Hercule, la CGT n'est pas dos au mur, mais développe au contraire des propositions développées dans un « programme progressiste de l'énergie ». Elle y réaffirme ainsi que « l’électricité et le gaz sont des biens de première nécessité indispensables pour vivre dignement et sont également des éléments majeurs de lutte contre le réchauffement climatique ». Elle propose, notamment, que le service public de l'énergie inclue les notions d'efficacité et de performance énergétique dans ses missions  en apportant aux particuliers, collectivités et industriels les conseils et l'expertise. Elle propose aussi de redonner à la Nation le contrôle du secteur pour  coordonner et planifier les besoins d’une transition énergétique réussie. Une transition qui doit prendre en compte les besoins de tous, alors que l'on sait déjà que l'ouverture à la concurrence a accru la précarité énergétique et fait exploser les prix (+35 % sur l’électricité et +85 % sur le gaz).

Parce qu'elle porte des enjeux essentiels d’environnement, d'aménagement du territoire, de sécurité des installations, de justice sociale, de service public, de politique industrielle, de souveraineté énergétique, cette mobilisation de l'ensemble des fédérations du secteur et de plusieurs confédérations fait aussi écho parmi les citoyens, les élus, les consommateurs...

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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