Pour le Medef, le jour d'après c'est « Business as Usual »

Geoffroy Roux de Bézieux et ses amis ont bel et bien conservé leurs mauvaises manières d'avant Covid-19. Réclamer toujours plus de dérégulation, être libérés de toute norme, profiter des aides publiques sans vergogne et sans contreparties. On en voit ces derniers temps quelques exemples.

cadretravail

Alors que la pandémie mute de jour en jour en tsunami économique et social, la ministre du Travail a invité les entreprises à recourir aux accords de performance collective introduit par la réforme du Code du Travail de 2017 pour éviter les licenciements. En se contentant d’invoquer les «  nécessités liées au fonctionnement de l’entreprise  », les directions peuvent désormais négocier des baisses de salaires ou augmenter la durée du travail. « La contrepartie doit être le maintien dans l’emploi et la visibilité”, a déclaré Muriel Pénicaud, le 4 juin, à l’issue d’une réunion avec les syndicats en présence d’Emmanuel Macron. Sauf que rien n’oblige dans les textes le patronat à de tels engagements encore moins à mettre à contribution le capital, baisser les dividendes et les salaires des dirigeants.

Et Muriel Penicaud le sait bien, car c’est elle qui, dans les « ordonnances travail » de septembre 2017, a mis en place ces accords de « performance collective ». Le gouvernement exhorte, fait mine d’exiger des entreprises des contreparties comme on l’a entendu lors des annonces pour Air France-KLM ou pour la filière automobile. Mais il paie « quoi qu’il en coûte » comme promis par Emmanuel Macron le 16 mars.

Pas de contreparties donc, mais pas non plus de négociation possible avec un patronat bloqué sur le « Business As Usual ». Ainsi après trois mois d'une montée en charge du télétravail en mode dégradé pour cinq millions de salarié.es et alors que depuis la signature d'un accord national interprofessionnel il y a 15 ans la plupart des salarié.es ne sont pas couvert.es par un accord, le Medef refuse obstinément de remettre le dossier à plat. Tout juste a-t-il concédé un diagnostic partagé sur le sujet. Après trois heures de téléconférence le 5 juin entre les représentants syndicaux et patronaux ces derniers ont décliné la demande syndicale d'un nouvel accord. « Ce n'est pas la priorité », a estimé le représentant du Medef. « On a à notre disposition un corpus de règles et de normes juridiques parfaitement applicables », a-t-il expliqué.

La veille, le patron des patrons avait déclaré  que le télétravail « n'est pas l'alpha et l'oméga », reconnaissant cependant qu'il s'agit d'une « solution » qui a « amené beaucoup de satisfaction pour certains salarié.es mais aussi des contraintes, des burn-outs, des problèmes de management au sein des entreprises ». Des « contraintes » révélées par l'enquête de la CGT de l'encadrement qui met en avant « sentiment d’isolement, [...] surcharge de travail, [...] perte de sens et qualité empêchée, [...] dégradation de la santé physique et mentale, [...] manque d’échange et d’informations » ou, au contraire, des problèmes d’infobésité, de « manque d’échange avec la hiérarchie ».

Voilà qui font de bonnes raisons de négocier un nouvel accord national interprofessionnel permettant une clarification de règles juridiques applicables au télétravail, l’articulation entre télétravail régulier, ­occasionnel et informel, l’organisation du temps de travail, le droit à la déconnexion introduit dans la loi Travail à la faveur de la mobilisation.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.