Quoi qu'il en coûte: Borne présente l'addition aux chômeurs

L'irruption jeudi 4 mars des intermittent.es au théâtre de l'Odéon et son occupation par plusieurs dizaines d'entre eux depuis plusieurs jours marque un anniversaire douloureux. Elle est aussi tout un symbole si l'on se souvient que le théâtre a été occupé en mai 68, et lors de précédentes mobilisations en 1996 et 2016.

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Cela fera un an dans quelques jours que notre pays est entré dans son premier confinement...
Un an déjà que les artistes, technicien.nes intermittent.es du spectacle ne peuvent plus exercer leur métier. Leur mobilisation a contraint le gouvernement à de premiers reculs en 2020, notamment en décrétant une année blanche permettant un relatif maintien de l'indemnisation.

Mais les atermoiements de l'Élysée et Matignon quant à la réouverture des lieux de spectacle et les silences quant au prolongement de l'année blanche au-delà d'août prochain pour l'indemnisation, ont fait éclater la colère des intermittent.es. D'autant que deux jours plus tôt, la ministre du Travail Élisabeth Borne annonçait la mise en œuvre de la réforme de l'assurance chômage au 1er juillet, dont l’objectif est de réaliser des économies sur le dos des plus précaires, notamment des secteurs les plus touchés par les mesures gouvernementales liées à la pandémie.

Et parce que ce gouvernement est profondément antisocial, il diffère d'un an, en septembre 2022, les mesures de « bonus-malus » de modulation des cotisations patronales. Tandis que « selon un indicateur “de retour à meilleure fortune” , montrant une baisse du chômage, deux autres mesures violentes pourraient entrer en vigueur de façon “automatique” », fustige la CGT en évoquant la hausse du seuil d’accès aux allocations (de 4 à 6 mois travaillés au cours des 24 derniers mois hors période de pandémie) et dégressivité pour les cadres (au 9e mois au lieu du 7e mois de chômage comme prévu initialement dans le projet de réforme).

Cette réforme, condamnée par toutes les organisations syndicales, a déjà été écornée par un jugement du Conseil d'État obtenu par la CGT en novembre qui a annulé la réforme du mode de calcul de l’indemnisation journalière et donc de l’allocation. Mais à l'évidence, le gouvernement veut passer en force au mépris du dialogue social, en totale déconnexion avec la réalité vécue et subie par les travailleurs.euses.

Que dans la même semaine Élisabeth Borne passe en force le 2 mars et que Roselyne Bachelot se précipite le 6 mars au soir pour rencontrer les intermittent.es occupant l'Odéon, n'est pas véritablement surprenant. Le gouvernement joue comme dans une mauvaise série B à « Good cop/Bad cop ». L'une cogne, l'autre vient distribuer de bonnes paroles.

Mais les intermittent.es ne se laissent pas bercer de mots. Ils et elles exigent des actes : « Nous avons échangé avec Roselyne Bachelot, posé nos revendications, en insistant sur le fait qu'elles portaient sur l'ensemble des travailleurs précaires et des chômeurs. Nous poursuivons l'occupation dans l'attente de réponses concrètes », assurent-ils. Ainsi donc les intermittent.es ne s'isolent pas du reste des travailleurs.euses privé.es d'emploi ou menacé.es de chômage.

Parce qu'ils et elles défendent notre modèle culturel et notre protection sociale solidaire, leur combat est le nôtre.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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