Réforme des retraites : Macron n'a pas encore gagné l'opinion

Après l'entrée de Jean-Paul Delevoye au gouvernement et les bilatérales avec les organisations syndicales les 5 et 6 septembre, c'est dans les jours prochains que le Premier ministre fera connaître le calendrier et la méthode de la nouvelle concertation à venir pour la réforme des retraites.

retraites

Au sortir de Matignon, le secrétaire général de la CGT a assuré : « Nous sommes attachés au système de retraites tel qu’il existe aujourd’hui, et il doit rester la base. Mais le problème des réformes des retraites menées par les gouvernements successifs, dont un, celui de François Fillon dans lequel figurait M. Jean-Paul Delevoye ont contribué à casser le système. Il faut revenir en arrière sur un certain nombre de choses et prendre en compte le monde du travail tel qu’il est aujourd’hui. »


Si l'exécutif garde les propositions de Jean-Paul Delevoye comme boussole, il n'est pas certain de parvenir à ses fins. Car l'opinion est loin de lui être acquise comme en atteste le sondage Odoxa paru la semaine dernière. S'il confirme bien une grande insatisfaction à l’égard du système tel qu'il est, il indique aussi que 67 % des Français ne croient pas en la capacité du gouvernement à changer les règles du jeu. Et le doute est particulièrement fort parmi les femmes (71 % de pessimistes contre 63 % pour les hommes) et les plus modestes (76 % des CSP-, contre 61 % des CSP+). Les Français ne sont pas plus convaincus par la méthode avancée par Macron avec une grande concertation citoyenne avant la présentation du projet de loi. Pour 61 % des Français c’est « une stratégie politique qui vise à éviter des manifestations importantes » plutôt qu’une « bonne méthode qui permettra de concevoir un système de retraite tenant compte de l’avis de tous ». C'est donc une longue bataille de conviction qui va se jouer dans les prochaines semaines et les prochains mois et les Français ont compris que l'enjeu de la campagne gouvernementale est de déminer le terrain, s'épargner une crise sociale.


Et les organisations syndicales et de jeunesse qui appellent à des mobilisations fin septembre ont déjà commencé à mener cette bataille de l'opinion. De premières initiatives de débat ont lieu comme à Cherbourg le 5 septembre où la CGT tenait un débat public. Ces rencontres témoignent à la fois des inquiétudes des salariés, de leur perplexité et du besoin d'être informés. Les équipes militantes ont besoin elles-mêmes de comprendre et décoder les pistes avancées par Delevoye. La CGT des ingénieurs, cadres et techniciens s'y est également engagée depuis des semaines avec son site internet qui décode, notamment, les aspects spécifiques de cette réforme pour les salariés qualifiés et en responsabilités. Le 26 septembre prochain l'Ugict-CGT organise à Montreuil une journée d'étude sur cette réforme des retraites. À quel âge pourrai-je partir à la retraite ? Et avec quelle pension ? Voilà quelques une des questions auxquelles ni le rapport Delevoye, ni le gouvernement auquel il appartient désormais ne répondent frontalement. Ils nous parlent de changer le système en nous vantant la retraite à points sans nous parler de ce qui est le plus important.


Déjà sceptiques sur la méthode, les salariés, les citoyens ont besoin d’être informés surtout si l’on veut pouvoir les mobiliser par exemple le 24 septembre prochain pour défendre et améliorer notre système de retraite.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.