Juste un malentendu ?

Les comparaisons entre la situation actuelle et le mouvement de 1995 n'ont pas beaucoup de sens tant la situation est différente. Mais il y a tout de même un point commun : pour Chirac et Juppé comme pour Macron et sa dream-team, les Français ne comprennent pas, il y a un problème de pédagogie de la réforme.

 

retraite5decembre19

Les bonnes vieilles recettes politiques sont toujours à l'oeuvre et de ce point de vue encore, on voit bien que ce valait la promesse macronienne de rupture avec les vieilles manières. Et la presse qui évite souvent de prendre ses distances avec le discours officiel en fait des tonnes sur le thème : des manifestants qui protestent contre une réforme qu'ils ne connaissent pas et des ministres ou députés qui défendent une réforme qui n'est pas encore écrite.
Ben voyons ! Une petite musique qui aurait un double avantage : d'abord discréditer les syndicats qui hurlent au loup et ne savent défendre que des intérêts catégoriels et égoïstes, ensuite faire croire que tout est encore à discuter et qu'il y a un seul syndicalisme qui vaille incarné par la seule CFDT.


Le hic dans tout ça, c'est que le gouvernement et ses « ambassadeurs de la réforme » sont bien en peine de dissiper toutes les craintes fondées sur deux années durant lesquelles les aspects les plus néfastes de ce projet ont été mis au jour. En deux ans de pseudo concertation et des dizaines de réunions où la CGT a tenté de mettre ses propositions en débat, la seule certitude que l'on ait, c'est qu'à peu près tout le monde va y perdre. Sauf paraît-il les agriculteurs, tant il est difficile de faire plus basses pensions. Par quelque bout qu'on la prenne, cette réforme prépare une baisse drastique des pensions. Les enseignant.e.s par exemple ont tout de suite perçu la supercherie et ne font aucune confiance aux promesses de compensations salariales du gouvernement. De même pour les femmes.


Il faudrait ainsi s'en remettre à des discussions parcellaires, catégorielles et faire confiance à l'exécutif pour faire vivre un dialogue social honnête et loyal alors que cette première moitié de mandat de Macron lui a servi à délégitimer les syndicats. Pas question ! Cette réforme est de toutes manières génétiquement viciée par la règle d'or des 14% du PIB qu'elle instaurerait.
Cette réforme va bloquer la part des richesses consacrée à la retraite au niveau actuel alors qu'on sera plus nombreux à vivre plus vieux dans l'avenir. Il ne faut pas avoir fait HEC pour comprendre que la seule manière de respecter cette règle d'or sera de baisser les pensions. C'est aussi drastique que la règle des 3% de déficit imposée par l'Europe. C'est l'austérité gravée dans le bronze pour s'assurer que les futures générations se tourneront vers la capitalisation pour tenter d'échapper, mais sans garantie, à la pauvreté.


La dynamique de la mobilisation du 5 décembre a donné le ton et mis en échec la stratégie de division du gouvernement. Dans le public comme dans le privé, dans l’exécution comme chez les ingés, cadres et tech, le nombre de grévistes a atteint un niveau historique. La présence nombreuse de jeunes salarié.e.s dans les cortèges montre que la clause du grand père ne passe pas et que les principaux intéressés ont compris qu’ils et elles étaient directement ciblé.e.s. Partout en France, dans des assemblées générales souvent interprofessionnelles les salariés cultivent les convergences et décident de reconduire et faire grandir le mouvement.

Ce mardi 10 décembre, il faut que nous soyons plus nombreux et plus déterminés. Le pouvoir est fébrile et va tenter par ses annonces de diviser le mouvement. Appuyons nous sur ces premiers reculs pour enfoncer la brèche et gagner le retrait de cette réforme. Après une telle entrée en la matière, nous ne sommes pas prêt.e.s de lâcher !

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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