Changer de méthode sans changer de cap

Voilà donc l'équation à laquelle Emmanuel Macron s'est confronté en son palais tout ce dernier week-end, acte 4 de la mobilisation des gilets jaunes. Le changement de méthode avait commencé par la mise en œuvre d'une nouvelle doctrine sécuritaire du maintien de l'ordre pour ce samedi 8 décembre.

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Elle s'est soldée par plus de 1 939 interpellations et des communiqués de victoire de l'exécutif qui se targue d'avoir ainsi sauvé la République. Elle s'est aussi traduite par une brutalité hors de proportions des forces de l'ordre contre les lycéens mobilisés contre le tri social pour l’entrée à l’université, qui veulent des moyens pour l’éducation. C'est bien l'avenir qui a été insulté à Mantes-la-Jolie lors de l'arrestation de ces 170 lycéens parqués genoux à terre, mains sur la tête. Des images qui font honte à ce gouvernement et qui décuplent la colère.


Sommé de parler aux Français pour annoncer des réponses aux revendications d'un mouvement social auquel il n'a rien compris, qu'il n'a pas vu venir et qui lui a totalement échappé, Jupiter va donc ce lundi 10 décembre descendre de son Olympe pour ce qui sera sans doute le plus difficile exercice de communication de la première partie de son mandat. Critiqué à juste titre pour la manière dont il méprise les corps intermédiaires, foule au pied le dialogue social, méprise les syndicats, Macron veut donner l'illusion d'un changement de méthode en convoquant les « partenaires sociaux » pour les informer de ses décisions avant de les annoncer aux Français. Ainsi donc, le changement de méthode serait de l'ordre de la préséance. Cette mauvaise manière de procéder et d'instrumentaliser les syndicats, on l'a vu à l'œuvre la semaine dernière avec la convocation des syndicats chez Muriel Pénicaud pour discuter de la méthode et du calendrier des mises en œuvre et décisions annoncées par le Premier ministre. Décisions aussitôt jugées irrecevables sur les barrages des gilets jaunes tant elles sont à mille lieues des besoins.

A cette convocation, la CGT ne s'est pas rendue, refusant cette énième concertation, exigeant « maintenant l’ouverture immédiate de négociations sur l’urgence sociale ». Il s'agit bien de mettre un terme à une violence qui est d’abord sociale. « Il y a urgence à augmenter le Smic à 1800 euros, les pensions, les minima sociaux, à dégeler le point d’indice. Urgence à instaurer une réelle justice fiscale qui fasse contribuer les plus riches, à développer des politiques publiques de transport et logement qui répondent aux besoins de la population » a estimé la CGT dans un communiqué.
Répondre à ces urgences est un préalable qui permettrait d’amorcer une résolution de la crise actuelle.


Dès lors, que faut-il attendre de l'allocution présidentielle ? Sans doute encore pas grand-chose à en croire Muriel Pénicaud qui a prévenu ce week-end sur LCI: « Le coup de pouce au Smic on sait que ça détruit des emplois, donc ça n'est pas la bonne méthode ».


Dans cette conjonction de crises économiques, sociales, environnementales et démocratiques, l'heure est plus que jamais à la mobilisation. La CGT et son organisation spécifique des ingénieurs cadres et techniciens (UGICT-CGT) a décidé de faire du 14 décembre une journée de mobilisation pour une augmentation des grilles de rémunération et la reconnaissance des qualifications. L’heure est à la construction des solidarités et d’un rapport de forces pour que soient organisés des “Grenelles” sur les questions environnementales et sociales.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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