Macron n'aime pas les lanceurs d'alerte

Dans sa lettre aux Européens, Emmanuel Macron se pose comme le rempart à l'extrême-droite et en protecteur des libertés et de la démocratie. Il propose ainsi que « soit créée une Agence européenne de protection des démocraties ».

 

alerte
Mais pendant que Macron parle à l'Europe entière de protéger la démocratie, il continue avec son gouvernement à protéger d'abord les intérêts des puissants en tentant de vider de son contenu un texte européen qui permettrait de mettre en place un cadre juridique pour les lanceurs d’alerte qui les défende face aux représailles des entreprises mises en cause dans les 28 Etats membres.

Dans une lettre ouverte adressée le 25 février 2019 à Nicole Belloubet, l’Ugict-CGT, la CFDT Cadres, l’UNSA et le SNES ont dénoncé ce double discours de la France. Une interpellation reprise par le journaliste Denis Robert et la députée Virginie Rozière qui publient une tribune dans Libération « la France, aux côtés de l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et l’Autriche, tente de démanteler cette protection.

La France –essentiellement par l’intermédiaire de sa Garde des Sceaux Mme Nicole Belloubet–est très active pour faire capoter cette directive en la vidant de sa substance. » Ces cinq pays posent comme condition préalable que les lanceurs d'alerte dévoilent en premier lieu les agissements dont ils ont connaissance auprès de l’entreprise qu’ils mettent en cause qui se trouve la plupart du temps être aussi leur employeur. Faute de quoi toute protection leur serait par la suite refusée. Belle conception de la défense des démocraties que celle qui consiste à laisser des hordes d'avocats d'affaires se déchaîner sur celles et ceux qui ont eu le courage de dénoncer les malversations, les scandales.

L'attitude de la France n'est pas nouvelle, elle est même constante comme on l'a vu avec la « loi secret des affaires » qui sous prétexte de protéger les entreprises verrouille l'information sur leurs pratiques ou leurs produits. L'objectif du président des très riches a toujours été de doter ces puissants d'une arme de dissuasion massive tournée vers les journalistes, les syndicats, les scientifiques, les ONG et les lanceurs d'alerte. De ce point de vue comme en bien d'autres aspects de sa politique et de ses pratiques, c'est l'ancien monde qui toujours se renouvelle à travers Emmanuel Macron pour se perpétuer.

La CGT des ingénieurs, cadres et techniciens s'implique depuis des mois dans cette bataille de la protection des lanceurs d'alerte. Elle est cosignataire de la pétition lancée en partenariat avec Eurocadres qui exige que dans les 28 états européens soient garantis :
• Le droit pour le lanceur d’alerte de prendre conseil auprès d’un syndicat et d'une ONG
• Droit d’être représenté par un syndicat
• Droit de prendre directement contact avec les autorités judiciaires
• Droit de divulguer des informations aux journalistes
• Instauration de garde-fous par rapport aux législations nationales existantes sur les lanceurs d’alerte
• Une définition large des lanceurs d'alerte sans questionnaire supplémentaire visant à divulguer la source de l'information révélée.


Des lanceurs d'alerte ruinés, dépouillés et muselés... des entreprises libres chez elles, des syndicats réduits à un rôle de médiation professionnalisée, des journalistes à qui les juges pourraient dicter ce qu'est une vraie information... Il a de la gueule rempart contre le totalitarisme.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.