ugictcgt
CGT Ingés Cadres et Techs
Abonné·e de Mediapart

233 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 avr. 2018

Professionnellement dérangeante donc mentalement dérangée?

Justice pour la Docteure Karine Djemil, condamnée pour avoir protégé deux salariées victimes de harcèlement sexuel !

ugictcgt
CGT Ingés Cadres et Techs
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une femme médecin du travail, la Docteure Karine Djemil, se trouve aujourd’hui empêchée d’exercer son métier pour avoir voulu protéger deux salariées qui ont poursuivi leurs employeurs respectifs pour harcèlement sexuel.

Les employeurs mis en cause ont porté plainte auprès de l’Ordre des médecins pour la faire condamner sur un motif de procédure dont ses collègues s’accordent à dire qu’il n’est pas recevable, ou qu’il aurait au moins mérité d’être examiné de façon juste et équitable.

La peine d’interdiction d’exercice de 6 mois qui lui a été infligée, inédite et particulièrement lourde, se double d’une décision d’imposer à la Docteure Karine Djemil une expertise psychiatrique au prétexte qu’elle aurait « interprété des faits et des attitudes anodins en leur prêtant une connotation sexuelle assez délirante » ! C’est bien plutôt la façon dont les employeurs peuvent obtenir que les plaintes de salariées pour harcèlement sexuel soient ainsi expédiées comme relevant a priori de l’affabulation qui est délirante. Délirante aussi la précipitation avec laquelle une juridiction d’exception remet en question le professionnalisme d’une femme médecin. Délirante encore la composition très majoritairement masculine de ces juridictions alors que la profession compte aujourd’hui 40 % de femmes et que l’Ordre des médecins a été mis en demeure par l’Etat de respecter la parité.

Cette affaire aurait pu rester confinée dans l’enfer du sexisme institutionnel ce qui est fréquent dans les institutions de l’ordre des médecins (voir les poursuites contre les médecins violeurs par exemple). Malheureusement pour cette institution, les plaintes concernant le Dr DJEMIL ont été rattrapées par le surgissement, dans le monde entier, des luttes contre le harcèlement sexuel et notamment celui des femmes au travail.

Psychiatriser des femmes qui « dérangent », remettre en doute la parole de celles qui dénoncent des faits de violences dont elles ont été victimes ou témoins, nier à leurs allié·e·s la possibilité de se tenir à leurs côtés pour que justice soit faite, le procédé est connu. Il s’inscrit dans un processus de remise en cause de la médecine du travail par le patronat et témoigne de la puissance des résistances à l’œuvre pour freiner l’avènement d’une société plus égalitaire entre les femmes et les hommes.

À travers les décisions de l’instance disciplinaire c’est la question essentielle de la valeur de la parole des femmes, qu’elles soient médecins ou patientes, qui se pose ici. Le Dr Djemil est convoquée le 11 avril à 9h15, devant l’instance disciplinaire de l’ordre des médecins. Nous lui apportons tout notre soutien et dénonçons deux forfaitures :

La négation de la parole des femmes, les faits de harcèlement sexuel dénoncés par le Dr Djemil ayant été qualifiés « d’affabulation » en instance disciplinaire régionale.
La possibilité ouverte depuis 2007 pour les employeurs de porter plainte contre des médecins du travail devant l’ordre des médecins, et de remettre ainsi en cause leur capacité à faire le lien entre une pathologie et l’organisation du travail, lien pourtant au cœur du professionnalisme des médecins du travail.


Communiqué de presse
À Montreuil, le 11 avril 2018

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
À LREM, des carences systématiques
Darmanin, Hulot, Abad : depuis 2017, le parti d’Emmanuel Macron a ignoré les accusations de violences sexuelles visant des personnalités de la majorité. Plusieurs cas à l’Assemblée l’ont illustré ces dernières années, notamment au groupe, un temps présidé par Gilles Le Gendre. 
par Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Total persiste et signe pour le chaos climatique
Dans une salle presque vide à la suite du blocage de son accès par des activistes climatiques, l’assemblée générale de Total a massivement voté ce 25 mai pour un pseudo-plan « climat » qui poursuit les projets d’expansion pétro-gazière de la multinationale.
par Mickaël Correia
Journal
Fusillades dans les écoles : le cauchemar américain
Une nouvelle fusillade dans une école élémentaire a provoqué la mort d’au moins 19 enfants et deux enseignants. L’auteur, âgé de 18 ans, venait d’acheter deux armes à feu de type militaire. Le président Joe Biden a appelé à l’action face au lobby de l’industrie des armes. Mais, à quelque mois des élections de mi-mandat, les républicains s’opposent à toute réforme. 
par François Bougon et Donatien Huet
Journal — France
Le candidat Gérald Dahan sait aussi imiter les arnaqueurs
Candidat Nupes aux législatives en Charente-Maritime, l’humoriste a été condamné en 2019 par les prud’hommes à verser plus de 27 000 euros à un groupe de musiciens, selon les informations de Mediapart. D’autres artistes et partenaires lui réclament, sans succès et depuis plusieurs années, le remboursement de dettes.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Amber Heard et le remake du mythe de la Méduse
Depuis son ouverture le 11 avril 2022 devant le Tribunal du Comté de Fairfax en Virginie (USA), la bataille judiciaire longue et mouvementée qui oppose Amber Heard et Johnny Depp divise l'opinion et questionne notre société sur les notions fondamentales de genre. La fin des débats est proche.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
Violences faites aux femmes : une violence politique
Les révélations de Mediapart relatives au signalement pour violences sexuelles dont fait l'objet Damien Abad reflètent, une fois de plus, le fossé existant entre les actes et les discours en matière de combat contre les violences sexuelles dont les femmes sont victimes, pourtant érigé « grande cause nationale » par Emmanuel Macron lors du quinquennat précédent.
par collectif Chronik
Billet de blog
Portrait du ministre en homme fort (ou pas)
Le nom de Damien Abad m'était familier, probablement parce que j'avais suivi de près la campagne présidentielle de 2017. Je n'ai pas été surprise en voyant sa photo dans la presse, j'ai reconnu son cou massif, ses épaules carrées et ses lunettes. À part ça, je ne voyais pas trop qui il était, quelles étaient ses « domaines de compétences » ou ses positions politiques.
par Naruna Kaplan de Macedo
Billet de blog
En finir avec la culture du viol dans nos médias
[Rediffusion] La culture du viol est omniprésente dans notre société et les médias n'y font pas exception. Ses mécanismes sont perceptibles dans de nombreux domaines et discours, Déconstruisons Tou(rs) relève leur utilisation dans la presse de masse, dans la Nouvelle République, et s'indigne de voir que, depuis près de 10 ans, ce journal utilise et « glamourise » les violences sexistes et sexuelles pour vendre.
par Déconstruisons Tours