L'honneur du service public

Il faut bien prendre la mesure de ce qui va se jouer dans les prochains jours à France Télévisions où les syndicats CGT, FO et SNJ ont déposé un préavis de grève de 24 heures pour mercredi 13 décembre.

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Il s'agira d'une deuxième journée de mobilisation après celle du 16 novembre. Elle se déroulera alors que se tiendra une réunion du CCE de France Télévisions avant l'annonce par la présidente du groupe audiovisuel public le 21 décembre d'un vaste plan de réduction des dépenses d'environ 50 millions d'euros.

Techniciens et journalistes ne défendent pas que leurs emplois, ils défendent une certaine idée du service public qui s'illustre encore dans quelques émissions et en particulier les magazines d'investigation de France 2 comme " Cash investigation ", " Envoyé spécial " et " Complément d'enquête ". Ils sont " l'honneur du service public et il est crucial de les préserver ", affirment les syndicats.

Face à eux, l'exécutif tient des discours lénifiants sur le droit à l'information, mais les ampute des moyens d'exister. Fin novembre, les journalistes de France Télévisions sont montés au créneau pour protester contre la perspective d'une réduction de la fréquence de diffusion des magazines d'information " Envoyé spécial " et " Complément d'enquête " sur France 2, et malgré la décision de la direction de maintenir cette diffusion inchangée, ils continuent d'envisager un vote sur une motion de défiance courant décembre. "Au prétexte d'économies à réaliser, l'État et la présidence de France Télévisions préparent une asphyxie de l'entreprise, ainsi qu'un démantèlement partiel", déplorent les organisations syndicales, qui dénoncent également une "stratégie de dénigrement de France Télévisions assumée par le chef de l'État en personne".

Selon l'Express, devant des députés de la commission des Affaires culturelles Emmanuel Macron aurait notamment dit que l'audiovisuel était " la honte de la République ", une formule démentie formellement par l'Elysée et par des élus LREM, qui ont toutefois reconnu qu'Emmanuel Macron avait fait " un constat sévère " sur " la gouvernance " de l'audiovisuel public.

Pourquoi cet exécutif tout acquis aux thèses libérales permettrait-il que journalistes et lanceurs d'alertes bousculent les puissants et dévoilent les méfaits des multinationales ? Imaginons que demain ces émissions n'existent plus ou qu'elles soient contraintes d'en rabattre sur la qualité des infos. Circulez, il n'y a rien à voir, amusez-vous, détendez-vous place à l'" entertainment " et pour l'info, place aux breaking news et aux chaines en continu. Place à de l'info prête à consommer, prête à oublier. Plus d'investigation, plus de mise en perspective, plus de confrontation. Ce modèle là nous conduit tout droit au prêt-à-penser, à l'hyperdépendance vis à vis des communicants.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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