Jour d'après ou vieilles recettes ?

Ce 11 mai est-il déjà le jour d'après comme voudraient nous le faire croire les médias depuis l'annonce du calendrier de déconfinement par Jupiter ? Sûrement pas si l'on en juge par les contraintes toujours imposées aux citoyens et les restrictions de libertés au nom de l'état de « guerre » déclaré par Emmanuel Macron.

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Ce lundi commence un déconfinement marqué par la réouverture des écoles, clairement motivée par la reprise du travail des parents d'enfants qui ne sont pas en âge de se garder tout seul. Elle se fera dans des conditions de sécurité sanitaire incertaines en dépit des efforts demandés aux personnels des collectivités territoriales et aux enseignants. On en a eu l'édifiante démonstration avec les cas de contamination dans un collège lors des réunions de préparation de cette prérentrée. Le retour à une vie normale n'est pas pour ce lundi et les Français ne s'y trompent pas et marquent encore une forte défiance dans un sondage publié par le JDD ce dernier week-end s’agissant de l’organisation de la reprise de l’école (65 %) et de l’organisation des transports en commun (62 %).

Gouvernement et patronat entonnent depuis des semaines une même mélopée nous faisant croire qu’il n’existerait pas d’autre option qu’une reprise dare-dare du travail pour éviter « l'effondrement », assurer la relance de l'économie, rattraper ces quelques 9 points de PIB perdus. Ça ressemble à du Thatcher avec son célèbre « There is no alternative ». Autoproclamé chef de « guerre » Macron et son lieutenant, dont on voudrait nous faire croire qu'ils seraient un peu brouillés, ne divergent pas d'un poil avec le patron des patrons : la relance économique impose le strict cadre des ordonnances qui dérogent toujours plus au droit du travail. Les mêmes vieilles bonnes recettes, pour la même tambouille. La même logique sacrificielle et toujours aucune leçon tirée de cette crise sans pareille. Le 11 mai, ce n'est pas la fin des calamités, c'est une étape de la crise sanitaire, c'est aussi et surtout une nouvelle phase dans la crise sociale.

Le monde d'après dessiné par Macron, Philippe et Roux de Bézieux ressemble étrangement au monde d'avant. Et en tout cas, il a peu de choses à voir avec celui que proposent de construire les organisations syndicales, ONG, associations signataires de l'appel #PourLeJourDapres. Ces organisations affirment que « la pandémie qui se répand dans le monde entier révèle de manière tragique les dérèglements du capitalisme néolibéral et productiviste, ainsi que les dysfonctionnements de l’actuelle gouvernance mondiale ».

Le jour d'après, ça ne peut pas se réduire à solder les comptes avec des primes pour les héroïnes et les héros qui font tourner le pays et sauvent des vies tout en faisant exploser les compteurs de la durée du travail. Au contraire, travailler moins, travailler mieux, travailler tous, être reconnus dans nos qualifications, nos responsabilités, notre rôle social, sont des aspirations plus que jamais modernes et salutaires pour sortir de cette crise.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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