Jour d'après et sentences macronistes d'avant

« Ecoutez-moi jusqu'au bout », c'est avec cette injonction à boire jusqu'à la lie sa parole et ses sentences définitives et simplistes, qu'Emmanuel Macron a cru bon de calmer les protestations des soignants de l'hôpital Rothschild à qui il venait d'expliquer que la crise Covid ce n'est, « pas une question de moyens, mais d’organisation ».

soignant

C'est vrai que pour saisir la pensée complexe de Jupiter, il faut accepter d'aller jusqu'au bout de ces sentences. Et il faut aussi être un peu amnésique pour oublier qu'en juillet dernier Macron promettait aux Français que pour la deuxième vague de la pandémie nous serions « prêts ». Mais pour les soignants, c'est toujours la première vague car depuis l'arrivée du virus, ils n'ont pas connu de répit. Huit mois plus tard, alors que le nombre de malades atteint par la Covid-19 augmente, le système de santé - plus particulièrement l’hôpital - n’a toujours pas la capacité d’assurer pleinement ses missions par manque de moyens. Et l'on doit se rendre à l'évidence : en dépit du battage médiatique autour du Ségur de la santé, on manque toujours de personnels et donc de lits pour absorber les patients Covid et tous les autres. Car on ne souffre pas que du Covid dans ce pays, et la période de confinement et de monopolisation de l'hôpital pour combattre la pandémie va se payer très cher pour les pathologies où les retards de prise en charge réduisent les chances des patients.

 Le Ségur de la santé n’a répondu ni aux attentes des personnels, ni aux besoins de la population. Les trop faibles augmentations salariales ne sont pas de nature à retenir les personnels qui n'en peuvent plus, ni à attirer des candidats. Bien avant cette crise sanitaire, on savait par exemple que plusieurs dizaines de milliers d'infirmières diplômées en âge de travailler avaient quitté le métier.

 Emmanuel Macron ment quand il prétend que la crise Covid ce n'est pas une question de moyens, mais d'organisation. Il ment parce que pour faire face à la crise ce printemps, les soignants ont pris les choses en main dans les hôpitaux et ils ont obtenu des crédits hors de proportion par rapport à ce qu'ils connaissent depuis des années. Et ils se sont organisés pour faire face et sauver des vies. Mais dès la fin du confinement, ce sont les comptables et plus les soignants qui ont repris le manche à l'hôpital.

 Les soignants, les personnels de l'action sociale qui manifesteront partout en France ce 15 octobre à l'appel de syndicats, dont la CGT, et de collectifs, savent bien que faute de moyens humains, faute de reconnaissance de leurs qualifications, de leurs responsabilités, ils ne peuvent pas bien travailler, pas bien soigner, ni prendre en charge correctement les personnes âgées dépendantes dans les Ehpad, et plus généralement les plus fragiles. Parce qu'il n'est question que de ça ! Elles et ils veulent bien travailler. Or, comme le souligne la CGT des ingénieurs, cadres et techniciens dans un communiqué, « rien n’est prévu (dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2021, NDLR) pour l’embauche massive et urgente de personnels absolument indispensables pour répondre aux besoins et améliorer les conditions de travail des professionnels de santé.
Par contre, de nouveau, 4 milliards d’euros d’économies sont demandés, soit le même niveau que ce que nous avons connu ces dernières années. Nous sommes donc toujours dans la même logique qui est à l’origine de l’incapacité de notre système de santé à faire face à la crise des mois de mars et avril qui continue et va se poursuivre dans les mois et les années suivantes. »

 La même logique bassement comptable qui fixe l'augmentation de l’objectif national des dépenses d'assurance maladie (ONDAM) à 3,5 % alors que l'ONDAM 2020, qui n'était que de 2,45 %, a été explosé à 7,6 % en raison de 15 milliards d'euros de dépenses supplémentaires liées à la pandémie.

Avec un tel objectif comptable et dans les conditions d'une montée en puissance de la pandémie, le gouvernement rabote les dépenses de 4 milliards d'euros. Il a bonne mine le chef de la « guerre » contre le Covid qui envoie au front des milliers de femmes et d'hommes qualifiés et volontaires armés de fusil de bois et de pistolets à eau.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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