Du sang et des larmes au programme du Medef

Cela fait maintenant plusieurs semaines que le patronat piaffe d'impatience de redémarrer l'activité des entreprises, encouragé d'ailleurs en ce sens par la ministre du Travail ou par Bercy.

 

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Après avoir obtenu jusqu'au 31 décembre les dérogations aux limites du temps de travail décidées par ordonnances dans le cadre du projet de loi d'urgence sanitaire, notamment le relèvement à 60 heures de la durée hebdomadaire maximale, mais aussi le chômage partiel, ou activité partielle, qui entraîne souvent une baisse de revenus de 16% pour les salariés tandis que l'entreprise est totalement indemnisée, le Medef a anticipé le discours d'Emmanuel Macron de ce 17 avril. Geoffroy Roux de Bézieux abandonnant toute retenue s'est lâché dans les colonnes du Figaro en revendiquant du sang et des larmes :  "Il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire" a prévenu le patron des patrons. Bien dans son rôle, le président du Medef n'a hélas pas déclenché que des protestations à la suite de cet article. En effet, loin de prendre ses distances avec Roux de Bézieux, la secrétaire d'État à l'Économie, Agnès Pannier-Runacher a prévenu qu'il faudrait essayer de "rattraper" la perte d'activité induite par le confinement. En gros, le message aux Français, c'est qu'après cette parenthèse « à rien foutre », il n'allait pas falloir songer aux vacances, aux RTT d'autant que ces derniers jours on nous a bien expliqué que le PIB avait reculé que la crise économique allait durer...  

Les réactions syndicales ne se sont pas faites attendre : « Indigne, indécent », pour la CFDT ; « choquant, déplacé envers les salariés qui sont H24 », pour FO. Le risque de voir les vieilles lunes du Medef satisfaites est « d’autant plus grand que le gouvernement est attentif aux souhaits du Medef », alerte Céline Verzeletti, membre du Bureau confédéral de la CGT. « Nous allons sortir du confinement avec des salariés qui sont épuisés, pour ceux qui travaillent dans des secteurs essentiels et dont l’intensité de travail a fortement augmenté, sans compter les luttes menées pour gagner les protections nécessaires, la fatigue de ceux en télétravail dont beaucoup ont en même temps à gérer la garde de leurs enfants, l’inquiétude, l’angoisse et le stress de ceux qui sont au chômage partiel, accusant des pertes de salaires de 15 à 25 % ».

C'est bien un bras de fer qui s'est engagé avant même la levée du confinement et en tous cas bien avant le terme de la crise sanitaire. Le patronat et le gouvernement vont évidemment tout faire pour que le jour d'après ressemble à ceux d'avant. Pas question pour eux de remettre en cause les fondamentaux du néolibéralisme comme l'ont exigé 16 organisations, dont CGT, Solidaires, FSU, Attac ou Oxfam, qui ont lancé une pétition citoyenne « Pour le jour d’après » déjà paraphée par près de 104 000 personnes. On ne sortira par le haut de cette crise sanitaire et de la crise économique qui va suivre qu'à condition de tout repenser pour répondre aux besoins sociaux, environnementaux. Et la secrétaire de la CGT d'en appeler à des « mesures de rupture à court terme et d’autres à plus long terme nécessaires : stopper les activités non essentielles, l’annulation des dividendes, une fiscalité plus juste, une relocalisation de l’agriculture et de l’économie, un développement des services publics ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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