Ira ? Ira pas ? Osera ? Osera pas... et s'il y va c'est pour quand ?

Les conjectures sur la volonté d'Emmanuel Macron de mener la réforme des retraites à son terme ont repris de plus belle. Comme si avec le déconfinement et la baisse du nombre de malades en réanimation, la fin de la crise sanitaire avait sonné. Comme si l'heure était venue de dégeler la réforme qui avait suscité un mouvement social d'ampleur juste avant le premier confinement, en mars 2020.

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 C'est Macron lui-même qui a rallumé la mèche en déplacement pour « prendre le pouls » des Français. « Rien n’est exclu », a sobrement répondu Emmanuel Macron à un retraité inquiet qui l'interpellait sur le sujet dans le Lot (Occitanie) avant d'ajouter que cette réforme est « porteuse d’inquiétudes ».

 Est-ce à dire que l’exécutif abandonne finalement son projet ? Gare à ne pas prendre des vessies pour des lanternes ou ses désirs pour des réalités.

 En réalité, le gouvernement travaille une stratégie dans l’espoir de faire voter sa réforme des retraites, quitte à la morceler et à jouer sur de prétendus antagonismes d'intérêts entre les actifs et retraités des régimes spéciaux et ceux du régime général. La tentation des néolibéraux pourrait être de chercher dans des divisions artificielles le soutien de tout ou partie de l’opinion publique en repoussant l’âge de départ en retraite ou en mettant un terme aux régimes spéciaux. Un pari risqué, mais sans lire dans le marc de café, on peut penser que ce faisant, Macron accrocherait un plaisant trophée à son tableau de chasse pour s'assurer les suffrages de la droite.

 Reste qu'on comprend les atermoiements et on imagine que l'Élysée, Matignon et tous les think tanks libéraux tâtent le pouls des Français avec des sondages. Et justement un sondage Odoxa Backbone-consulting, réalisé pour Le Figaro et France Info publié le 10 juin, indique un fort rejet de la population. Voilà que 60 % des Français sont farouchement opposés à une mise en place de la réforme d'ici à 2022. « Le rejet est unanime au sein de la population active et de tous les électorats, à l'exception des partisans de La République en Marche », commente même Le Figaro. Sept Français sur dix désapprouvent l'idée de repousser l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, confirmant les chiffres de septembre 2019. Et le pire pour Emmanuel Macron c'est que s'il persiste dans sa volonté, il pourrait bien être déclenchée une nouvelle explosion de la colère sociale à laquelle 64 % des Français apporteraient leur soutien. Quant aux plus déterminés, ils sont 16 % à se dire prêts à descendre dans la rue. On comprend que Macron hésite, car cette fois, en dépit de leurs désaccords sur le fond de la réforme systémique, les syndicats sont unanimes à rejeter par exemple la mise en place de mesures paramétriques. Pas totalement déconnecté des réalités, Geoffroy Roux de Bézieux le patron du Medef veut que le sujet soit un « débat de la présidentielle » et que tous les candidats se positionnent. « C'est la seule réforme sociale qui touche tout le monde. Elle a donc besoin d'une légitimité démocratique. Par contre, il faudra agir dès septembre 2022, sans attendre », a plaidé le président du Medef, qui a dit ne pas vouloir « de réforme rustine en trois mois ». Conscient du rapport de forces, Roux de Bézieux alerte Emmanuel Macron et lui conseille une stratégie alternative, à l’image de celle de 2017 sur les ordonnances travail : faire la réforme au lendemain des élections présidentielles de 2022.

 Les choses sont claires : notre mobilisation a marqué des points en contraignant Emmanuel Macron à suspendre la réforme des retraites. Jupiter n'est plus tout à fait maître des horloges et cherche, avec le patronat, le meilleur moment pour remettre à l’ordre du jour sa réforme.

 La bataille idéologique continue pour mettre à l’ordre du jour nos propositions pour garantir l’avenir de notre système de retraites. La vigilance est de mise et la CGT sera prête à se mobiliser à la première remise en cause.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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