Jour d'après : tant de raisons de ne rien lâcher

Parce que la crise sanitaire n'a pas mis sous cloche les urgences sociales, environnementales, économiques mais qu'elle les a au contraire rendues plus impérieuses, la contestation sociale revient comme un boomerang.

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Les premiers signes en avaient été donnés mi-juin par les personnels de santé mobilisés dans le cadre du Ségur de la santé, les plus récents nous ont encore été montrés samedi dernier avec le retour des gilets jaunes dans les rues.

Cet été n'a été qu'une succession de plans sociaux majeurs, d'accords de performance collective (APC), de mises en liquidation dont les motivations n'ont que peu à voir avec la Covid-19. Face à cette déferlante qui n'a pas fini de jeter des centaines de milliers de salariés sur le carreau et de fragiliser encore celles et ceux qui ont toujours un boulot, le gouvernement se contente de faire des chèques sans réclamer aucune contrepartie.

Devant cette crise sociale majeure et délétère, la macronie joue la politique de l'offre au risque de brider la relance par la consommation des ménages en nous faisant croire aux vertus du ruissellement. « Le plan de relance de 100 milliards d'euros, annoncé en grande pompe, ne s'adresse qu'aux entreprises, qui pourront notamment bénéficier d'une exonération d’impôts de production à hauteur de 10 milliards d’euros par an et cela sans aucune condition ni contrepartie », a relevé la CGT après les annonces de Jean Castex. Dans ce contexte profondément anxiogène, le patronat exerce une pression sans égale pour remettre en cause les salaires, le temps de travail, les conditions de travail avec des APC négociés le canon sur la tempe. Et il y est encouragé par le gouvernement.

Oubliés les discours lénifiants de Jupiter qui tressait des couronnes aux invisibles grâce à qui le pays ne s'était pas effondré. De fleurs, il ne reste que les épines... et la colère sociale. Une étude de l'Insee publiée mercredi 9 septembre montre que la politique d'Emmanuel Macron a accentué la progression des inégalités en France. Le niveau de vie des ménages les plus aisés « augmente nettement » tandis que celui des ménages les plus modestes « se replie ». Et l'étude indique encore que « la proportion de retraités pauvres progresse de 1,1 point entre 2017 et 2018, alors qu'elle était relativement stable depuis 2014 ». Cette crise sociale n'épargne pas non plus les classes moyennes. Ainsi, « la crise économique a d’ores et déjà un impact visible sur l'emploi des cadres mais elle aura aussi certainement un impact sur leurs rémunérations », vient d'alerter le directeur général de l’Apec.

Macron a tout à craindre d'une mobilisation sociale puissante, durable et unitaire. Cette semaine, la mobilisation du 17 septembre à l'appel de la CGT, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, Unef et UNL est une première étape dans la construction d'un mouvement de longue haleine. Parce que Macron compte bien mener sa transformation néolibérale au pas de charge pour se faire réélire. Parce que les dossiers aussi structurants que la réforme de l'assurance chômage et celle de la retraite sont toujours sur la table. Parce que le Medef se sent pousser des ailes et continue à exiger plus de sacrifices aux travailleurs... Parce qu'il est plus qu'urgent d'imposer d'autres choix économiques, sociaux, environnementaux si nous ne voulons pas que le monde d'après ressemble à ceux que la macronie nous écrit réforme après réforme.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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