Âge de la retraite - Dans la trappe du chômage

Avant de décréter que l'allongement de la durée de cotisation et le recul de l'âge de la retraite sont une donnée incontournable autour de laquelle se construira la réforme des retraites, il faudrait commencer par regarder ce qu'est la fin de la carrière pour une grande part des salariés.

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C'est ce à quoi invite le référé de la Cour des comptes publié jeudi dernier qui recommande à l'exécutif de se préoccuper de la situation des seniors dans le cadre de la future réforme des retraites. Parce que depuis des années les seniors sont les premières victimes du chômage de longue durée, qu'ils ont le plus de difficultés à se maintenir dans l'emploi. Et si c'est vrai pour les ouvriers et employés, ça l'est aussi pour les plus qualifiés.

Les réformes des retraites précédentes qui ont repoussé l'âge légal de départ à la retraite ont été suivies d’une augmentation du chômage des seniors parce qu'ils continuent d'être une variable d'ajustement. Si les dispositifs de préretraite ont été supprimés, c'est maintenant en recourant aux ruptures conventionnelles que les entreprises se séparent des seniors, et en particulier des cadres devenus trop chers. Et ce sont les entreprises qui font encore obstacle au retour dans l'emploi des seniors. Ce qui fait craindre nous dit le référé de la Cour des comptes un risque croissant de trappe à pauvreté pour les seniors de 60 ans et plus, de plus en plus nombreux à percevoir allocation chômage, allocation de fin de droits ou minima sociaux. « La part des personnes âgées de 60 à 64 ans est celle qui, au cours des dix dernières années, a le plus progressé parmi les allocataires de ces prestations, à la fois en termes d'effectifs, de poids dans leur classe d'âge et de montants alloués », analyse le référé. Comme il fallait le redouter en 2010, la réforme n'a fait que déplacer les seniors d'un dispositif vers un autre. La Cour des comptes souligne que les plans seniors mis en place depuis la réforme des retraites de 2003 ont eu « un bilan décevant ».

Repousser l'âge de départ en retraite en tapant les salariés au porte-monnaie avec un âge pivot ou en allongeant la durée de cotisation n'a aucun sens alors que près de la moitié des salariés ne sont déjà plus en activité lors de la liquidation de leur pension, soit parce qu'ils sont au chômage, soit parce qu'ils sont devenus inaptes en raison de leur santé. Et ça n'a pas non plus de sens quand la vie professionnelle des plus de 45 ans ressemble à un vaste parking. Et c'est là que la réforme de l'indemnisation chômage des cadres prend tout son sens. Il s'agit de contraindre les seniors cadres à accepter n'importe quel boulot déqualifié pour tenir jusqu'à la liquidation de leur retraite.


Par quel que bout que l’on prenne l’équation de la retraite, aucune réponse crédible et pérenne n’est possible sans résoudre les questions d’emploi et de salaire. C’est vrai pour les jeunes confrontés à l’allongement de la durée des études et au report de l’âge d’accès au premier emploi stable, comme pour les seniors dont le patronat refuse de reconnaître et de payer les qualifications.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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