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Billet de blog 15 févr. 2021

Jeunes télétravailleurs désenchantés

À en croire une étude Abbyy, spécialiste de l'intelligence numérique, réalisée en novembre auprès de 4 000 salariés d'entreprises de plus de 50 salariés en France, en Allemagne, aux États-Unis et au Royaume-Uni, les jeunes de moins de 35 ans vivent plus difficilement l'amplification du télétravail que leurs aînés.

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« 61 % des moins de 35 ans déclarent que les process mis en place par leur entreprise rendent leur travail plus ardu alors que seulement 36 % des 55 ans et plus partagent ce constat », indique ce sondage. Ces « millennials » sont pourtant censés être à l'aise avec les outils informatiques. Mais ils estiment que le télétravail leur fait perdre du temps (85 % contre 20 % des 55 ans et plus).

Cette étude vient après un autre sondage d'OpinionWay réalisé en décembre 2020 qui révélait que 70 % des travailleurs de moins de 29 ans sont en détresse psychologique, soit deux fois plus que les 50-59 ans.

Il semblerait que plus que d'autres, les jeunes télétravailleurs souffrent de la perte de repères, de la solitude. C'est peu dire que la massification du télétravail en mode dégradé offre aux plus jeunes travailleurs une détestable expérience de leur entrée dans le monde du travail.

La difficulté est d'autant plus grande pour ceux qui ont découvert leur entreprise en pleine pandémie, de chez eux. Difficultés amplifiées, car ces jeunes télétravailleurs débutent souvent leur vie professionnelle dans des espaces réduits, peu propices au travail, parfois en colocation, et ils sont aussi plus souvent jeunes parents.

Selon un psychologue du travail cité par l'AFP, « c'est un préjugé d'affirmer que les jeunes sont « digital natives », hyper flexibles, indépendants, et veulent travailler de cette façon qui paraît moderne ». Voilà qui bat en brèche quelques idées reçues et qui pose assurément des questions de management plutôt que de technologie dans lesquelles les jeunes travailleurs ont biberonné. Rares sont les entreprises qui ont négocié et repensé leur organisation, leur management pour prévenir les risques psychosociaux du télétravail intensif.

L'exercice des professions qualifiées et à responsabilités demande que le collectif de travail soit conforté. En télétravail comme à l'entreprise, les ingénieurs, cadres et techniciens, les experts ont besoin de croiser leurs points de vue, de se coordonner, de se sentir en confiance. Ils ont besoin du lien social, des échanges avec les collègues pour être pleinement eux-mêmes. Ils ont besoin d'avoir accès à toutes les informations de l’entreprise, et les syndicats et représentants du personnel doivent pouvoir leur envoyer des informations et les consulter par mail. « Le management doit être repensé pour avoir comme objectif la préservation du collectif de travail (organisation des réunions, de temps informels et conviviaux…), préconise la CGT des Ingés, Cadres et Techs qui revendique des formations pour les managers de proximité et tous les salariés concernés ». Il faut aussi que le télétravail ne soit pas exercé à 100 % et qu'il n'excède pas le mi-temps pour permettre au collectif de travail de se retrouver au complet.

Si l'on n'y prend garde, si le syndicalisme ne se saisit pas de ces questions, non seulement ces jeunes salariés vont le payer cher, mais c'est notre rapport au travail à tous qui va se trouver bouleversé par cette période de télétravail. Les mauvaises habitudes, le management délétère, la destruction des collectifs de travail, les « pétages de plomb », le burn out, la perte de sens ne peuvent devenir la norme. Faute de quoi, nombre d'entre nous risquent bien de n'être plus que travailleurs à domicile, isolés et pourquoi pas demain non-salariés, rémunérés à la tâche.

Alors cette période que nous vivons n'aura pas été qu'une parenthèse, mais bien un changement profond du travail. Éviter le pire suppose de mettre les technologies au service de l’émancipation au travail. La CGT des Ingés, Cadres et Techs propose de réguler le télétravail et de gagner de nouveaux droits des salariés leur permettant de reprendre la main.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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