Quel avenir pour la génération Covid ?

« C'est dur d'avoir 20 ans en 2020, ce sont ceux qui vivent un sacrifice terrible » assurait le chef de l'État dans un de ses éclairs de lucidité qui sont en général les préludes à des mesurettes insuffisantes.

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 Mais avoir 21 ans en 2021, c'est toujours aussi dur et c'est même de plus en plus dur. Cela fera un an cette semaine, le 17 mars, que la pandémie et les décisions restrictives de l'état d'urgence sanitaire ont brutalement et durablement affecté l’éducation, la formation, la montée en qualification des jeunes générations, leur entrée dans le monde du travail. La crise sanitaire est venue aggraver à la fois la précarité financière, mais aussi le décrochage et la détresse psychologique de très nombreux jeunes. Pour des milliers d'étudiant.es, lycéen.nes, jeunes travailleuses et travailleurs ou privé.es d’emploi, jeunes autoentrepreneur.es uberisé.es, plateformisé.es, la situation est alarmante et gravissime. Ces derniers mois ont été le révélateur et l'amplificateur de situations indignes.

 Voilà que l'on nous parle de précarité menstruelle des jeunes femmes étudiantes qui arbitrent entre manger, payer leur loyer ou acheter leurs protections périodiques. Voilà que l'on nous montre ces queues aux distributions alimentaires dans les universités. Déjà fragilisé.es sur le « marché » du travail, les jeunes, et plus particulièrement les moins qualifié.es, sont les premières victimes de la crise sociale et risquent de subir, à terme, un nouveau déclassement.

 Cette crise n'épargne pas les jeunes les plus qualifié.es qui entrent sur le « marché » du travail. Ainsi, l’Association pour l’emploi des cadres prédisait dès l'an passé un tassement des salaires des plus jeunes et, conséquence de la signature d’accords de performance collective, une baisse de la rémunération fixe des cadres et une évolution salariale moins favorable pour les cadres en début de carrière. Selon le laboratoire d’économie et de sociologie du travail rattaché au CNRS, il « sera compliqué pour ces jeunes de trouver un emploi de cadre auquel leur diplôme leur donne normalement accès. Ils risquent de devoir se contenter d’un emploi moins bien rémunéré. » Le déclassement des jeunes diplômé.es observé ces dernières années devrait donc se poursuivre.

 Face à cette crise qui va marquer toute une génération, les réponses gouvernementales sont insuffisantes. En bon vendeur des éléments de langage de l’exécutif, l’ex-secrétaire d’État à la Jeunesse, Gabriel Attal, promettait pourtant le 5 juin dernier dans les colonnes du Parisien : « Il n’y aura pas de génération sacrifiée. » Si le gouvernement se veut rassurant, les jeunes ont, en revanche, bien intégré les dégâts du Covid dans leur vie si l’on en juge par le baromètre OpinionWay, publié à la même époque, où, pour qualifier leur génération, 36 % optaient pour le terme « galère » et 35 % pour le mot « sacrifiée ».

 C'est dans ce contexte de crise gravissime que plusieurs organisations de jeunesse appellent à une journée de mobilisations ce mardi 16 mars. « Leurs revendications expriment une volonté de renforcer notre système social de solidarité, seul à même d’assurer des perspectives de progrès social », assurent dans un communiqué commun, la CGT, FO et la FSU qui soutiennent cette journée.

« Au-delà de la situation d’urgence à laquelle ce gouvernement se doit de répondre, la première condition pour l’emploi des jeunes est une formation initiale de haut niveau, un service public d’éducation et d’orientation accessible pour toutes et tous, sans discrimination de genre, d’origine qu’elle soit sociale ou géographique » assurent les trois centrales syndicales qui « continuent de revendiquer un vrai plan de rupture avec les politiques menées jusqu’à présent. Des moyens financiers doivent être mobilisés immédiatement et en urgence pour permettre des conditions de vie, de logement, d’études et de travail à la hauteur des enjeux de notre époque. »

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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