Première victoire contre la privatisation d'ADP

Fin du grand débat, maintenant place aux annonces après une synthèse dont on a vite compris qu'elle annonçait tout sauf un changement de politique.

aeroport

Mais la semaine dernière a cependant été marquée par un événement sur lequel il aurait été bien hasardeux de parier sa chemise. En effet, la conférence de presse des parlementaires de tous bords (excepté le parti de Le Pen et LREM) déclenchant une procédure de référendum d'initiative partagée, première du genre, pour s'opposer à la privatisation d'Aéroports de Paris, est un événement capital.

Reprenant les arguments portés par la CGT ADP depuis des mois, les parlementaires prennent le contrepied de la folie de privatisations et de recul de l'État qui s'est emparée de l'exécutif. Certes depuis le « ni-ni » de François Mitterrand (ni nationalisations, ni privatisations), notre histoire politique s'est accommodée de ces privatisations, vente de parts de l'État, braderie du patrimoine qui sont autant de marqueurs d'un renoncement assumé à peser sur la politique industrielle et d'une volonté de libéraliser tous les compartiments de notre vie pour les livrer aux « forces obscures » du marché.

Le respect de la démocratie, de la représentation nationale aurait voulu que le gouvernement renonce à faire adopter la loi Pacte avec cette privation d'ADP. Il en est autrement et il ne fallait pas en attendre moins de Macron qui voit sa politique contestée et entravée. Lui qui n'a pas plié devant la longue grève des cheminots contre la réforme ferroviaire et la privatisation du rail, n'allait pas plier de bonne grâce devant ce que ses dévots ont appelé un « étrange attelage » pour évoquer l'initiative parlementaire.


Pour la CGT qui se bat contre cette privatisation, c'est évidemment une grande satisfaction et le début d'une nouvelle bataille. En interne dans cette grande entreprise, le syndicat CGT ADP porte un contre-projet à la privatisation, celle-ci ayant été refusée par 98 % des salariés interrogés lors d’une consultation organisée en avril 2018. Il reste que la procédure référendaire entamée par les parlementaires est verrouillée. À peine le grand débat terminé, s'en ouvre donc un nouveau car de nombreuses étapes restent à franchir avant l'organisation d'un référendum, à commencer par la saisine du Conseil Constitutionnel.

Désormais et pour des mois encore (probablement 18 mois) il va falloir convaincre pied à pied 4,5 millions de citoyens de se prononcer contre cette privatisation. La CGT a immédiatement réagi en indiquant qu'elle « s’engagera pleinement dans le recueil des 4,5 millions de signatures nécessaires à la tenue effective du referendum. » On peut imaginer, mais surtout espérer, qu'elle ne sera pas seule dans le paysage syndical à se mobiliser dans ce sens.


Les dévots d'Emmanuel Macron peuvent continuer à courir les plateaux de télévision pour s'offusquer de la démarche et expliquer que l'État n'a pas vocation à gérer des baux commerciaux des boutiques de duty-free, l'opinion des Français n'est pas acquise à cette dilapidation stupide des actifs publics et à ce renoncement de l'État à piloter l'économie.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.