Macron parle... mais répond à coté

Il n'y a rien dans l'allocution d'Emmanuel Macron ce dimanche 14 juin qui pourrait faire baisser la contestation sociale parce qu'il n'a répondu en rien aux questions brûlantes soulevées ces derniers jours, ces derniers mois.

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Rien sauf de l'autosatisfaction quant à la gestion de la crise sanitaire. Rien sauf un appel à « travailler plus » pour redresser le pays. Aux dizaines de milliers de personnes qui manifestent contre les actes racistes commis par des membres des forces de l'ordre, mais aussi contre la répression des mouvements sociaux, il répond par un soutien appuyé aux policiers et il accuse ceux qui manifestent de mettre en cause l'ordre républicain et de vouloir réécrire l'histoire, de prôner le communautarisme. D'autres dans son camp accusent les manifestants antiracistes de vouloir exploiter le meurtre de Georges Floyd à des fins de politique intérieure.

Ce que redoute le chef de l'Etat, ce n'est ni le déboulonnage de statues, ni une supposée réécriture de l'histoire, mais la convergence entre par exemple le comité qui lutte depuis 4 ans afin d'obtenir justice pour Adama Traoré et d'autres forces du mouvement social qui se battent pour l'égalité sociale, contre le racisme. Sa petite musique sur la mise en cause de l'ordre républicain n'est évidemment pas sans rappeler les cris d'orfraie et les glapissements médiatiques contre les Gilets jaunes accusés dès les premières heures du mouvement de vouloir renverser la République en s'en prenant aux institutions. Mais il y a peu de chance que cela suffise à inverser le cours des choses. Le dénigrement de la contestation sociale précède et accompagne sa répression et pour cela, Emmanuel Macron a besoin de calmer le jeu avec les forces de l'ordre et c'était bien la raison de son soutien appuyé à leur égard.

La vacuité du discours présidentiel de ce dimanche se mesure aussi à l'absence de référence à son engagement d'un grand plan de remise à niveau de l'hôpital et des carrières des soignants. Emmanuel Macron a renvoyé les réponses au Ségur de la santé qui selon un communiqué de presse unitaire  CGT, FIDL, FSU, Solidaires, UNEF, UNL « montre ses limites et ressemble à une nouvelle imposture débouchant sur des mesures confortant la politique libérale qui prévaut depuis des années. »

Avec ce Ségur, Emmanuel Macron nous refait le coup du grand débat national, mais la comparaison s'arrête là. Les soignants ont été applaudis chaque soir depuis trois mois par une population à la fois reconnaissante et exigeante. Le mouvement des soignants, qui durait depuis des mois avant la pandémie, a été méprisé, matraqué aussi jusqu'à ce que l'exécutif n'ait plus d'autre choix que de convoquer cette mascarade de dialogue. Ce 16 juin et alors que des dizaines de mobilisations ont déjà eu lieu depuis le déconfinement, les soignants vont braver l'interdiction qui leur est faite partout par les préfets de manifester.

Les organisations CGT, FIDL, FSU, Solidaires, UNEF, UNL appellent les organisations syndicales et de jeunesse à apporter leur soutien aux soignants et invitent le plus grand nombre à participer aux nombreuses mobilisations déjà programmées le 16 juin. Parce qu'il est temps affirment ces syndicats et organisations de « considérer prioritaire la réponse aux besoins de la population et d’engager, au sortir de cette crise sanitaire, un plan de programmation et de reconstruction de tout le système de soins comme de l'ensemble des services publics au service de l'intérêt général ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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