Plus dure sera la rentrée

Macron a prévenu que « la rentrée sera très dure ». Incontestablement le chef de l'État retarde. Car c'est bel et bien depuis le confinement, puis le déconfinement et ces premières semaines de vacances que le pays souffre avec une acuité décuplée.

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En témoigne le nombre de restructurations qui enfle de semaine en semaine, selon un nouveau décompte publié par la Dares (la direction des études du ministère du Travail) mercredi 8 juillet. Après 15 Plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) annoncés dans la semaine du 1er juin, 19 la semaine suivante, on a atteint le rythme délirant d'un trentaine par semaine. De  mars à début  juillet, 193 PSE ont été lancés en France, menaçant 27 053 postes. C'est deux fois plus qu'à la même période l'année précédente. Et ce décompte macabre s'alourdit encore de 1 672 procédures « petits » licenciements collectifs (de moins de dix salariés) et fait l'impasse sur les centaines de milliers d’intérimaires privés de missions.

 Génération sacrifiée

Le tableau est « lugubre », résume Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE qui dresse un constat terrible de l’impact de la pandémie sur le marché du travail, particulièrement pour les moins de 25 ans, menacés d’être « une génération perdue » avec des perspectives d’emploi durablement compromises. La flambée du chômage les frappe tout particulièrement et la quasi impossibilité de trouver des stages ou des contrats d'apprentissage va peser lourd dans leurs cursus de formation et leurs parcours professionnels. « Or, ces étapes sont essentielles car elles apportent des bases de savoir-faire et des compétences sociales utiles », note Stefano Scarpetta, directeur de l’emploi, du travail et des affaires sociales à l’OCDE. Ajoutons que pour des milliers d'étudiants, le ciel s'est assombri avec l'impossibilité de trouver ou retrouver des jobs pour financer leurs études.

 Macron fait du recyclage

Face à cet enjeu, Macron fait du recyclage et nous a resservi dans son allocution du 14 juillet la même recette : un "dispositif exceptionnel d'exonération des charges pour les jeunes", destiné en particulier à favoriser l'embauche de salariés à "faibles qualifications, jusqu'à 1,6 Smic". On connaît par cœur ce genre de mesures, à la fois effet d'aubaine pour les entreprises, trappe à bas salaires, car les patrons sont encouragés chaque fois à plafonner les salaires sous ce seuil et siphonage des recettes de la protection sociale.

 Pas de pause revendicative

La rentrée sera dure en effet, et le chef de l'État a toutes les raisons de la redouter. Car les colères sociales ne demandent qu'à s'exprimer. Elles n'attendent pas la fin des vacances et l'appel lancé par la CGT pour une journée de mobilisation nationale interprofessionnelle le 17 septembre. Ainsi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté mardi à Paris à l'appel de plusieurs organisations syndicales, dont la CGT et Solidaires ainsi que du Collectif Inter-Hôpitaux afin de réclamer plus de moyens pour l’hôpital... Signe qu'à l'évidence le protocole d'accord du Ségur de la Santé que la Cgt a refusé de signer ne solde pas les comptes.

 

La rentrée sociale sera en effet plus difficile que jamais car tout en reconnaissant que "la priorité de cet été, de la rentrée prochaine, c'est l'emploi", Macron a confirmé sa volonté de remettre la réforme des retraites "à la discussion et à la concertation". Au risque de fâcher tout le monde car l'ensemble des organisations syndicales ont estimé lors du remaniement que ce n'était pas la priorité du moment et du coup les organisations patronales leur ont emboité le pas redoutant les effets d'une nouvelle explosion sociale.

Dans son allocution du 14 juillet Emmanuel Macron a cru bon d'expliquer que la France "au fond a peur" et regretté "une crise de confiance", tout en reconnaissant être l'objet "d'une détestation" alimentée parfois par ses propres "maladresses". Emmanuel Macron ne croit pas si bien dire et ne mesure sans doute pas que depuis la crise des Gilets jaunes, la bataille contre la réforme des retraites, puis la Covid-19 ont encore aggravé la situation et rendu plus insupportable le fond même de sa politique et de ses réformes.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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