Tout changer, pour que rien ne change

Il n'y a évidemment rien à attendre de l'épilogue de ce laborieux remaniement provoqué par la démission de Gérard Collomb. Ni inflexion, ni ralentissement dans les réformes qui touchent à l'architecture de notre modèle social. Pas plus qu'il ne faut espérer un brutal changement dans la pratique du dialogue social, ni assouplissement de la verticalité jupitérienne.

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Quelques jours avant la démission du ministre de l'Intérieur, Emmanuel Macron avait prévenu lors de son déplacement aux Antilles : pas de changement de cap. «En aucun cas je ne changerai de politique », expliquait-il. Selon le chef de l’État, le pays se trouverait dans ce moment où «les résultats des réformes menées ne sont pas encore perceptibles».


Réforme majeure du quinquennat, celle du système de retraite connaîtra un simple report. Le texte que le chef de l'État voulait voir « voté au premier semestre » pourrait donc être déposé après les élections européennes, pour une adoption « dans le courant de l'année 2019 ». De cette réforme on en sait un peu plus depuis la semaine dernière après la rencontre multilatérale avec les organisations syndicales et patronales, le haut-commissaire à la réforme, Jean-Paul Delevoye et Agnès Buzyn le 10 octobre.
Le gouvernement est à peine sorti du bois en annonçant ses arbitrages ou plutôt quelques « grands principes », comme le maintien des pensions de réversion et du minimum de pension pour les bas salaires et les carrières hachées. Idem pour « les interruptions d'activité» comme le chômage, l'invalidité, la maladie ou la maternité, pour lesquelles des points seront accordés. La réforme changera en revanche les droits familiaux, avec une bonification « pour chaque enfant, dès le premier enfant » et non plus à partir du troisième.


Si le gouvernement et son haut-commissaire ont commencé à sortir du bois et dévoilé des pistes dont la presse faisait déjà état, c'est surtout pour ne pas continuer à exaspérer les organisations syndicales légitimement fâchées d'apprendre les mauvaises nouvelles par les médias. Leurs craintes ont-elles été levées ? Rien n'est moins sûr. Pour sa part, la CGT interroge « quel montant de pension et à quel âge ? ». Elle estime qu'au-delà des principes généraux, « le projet ne dit rien et n'apporte aucune garantie » sur ces points cruciaux. Dans un communiqué titré « Quand c'est flou… c'est qu'il y a un loup ! » la CGT relève notamment que si le haut-commissaire et la ministre annoncent un maintien du niveau de cotisation (28 %) et de l'âge d'ouverture du droit à retraite à 62 ans, c'est pour faire croire que le nouveau système maintiendra le niveau de pension et l'âge de départ, avec un supplément de transparence. Mais il n'en sera rien car si l'on applique « les règles de la retraite complémentaire actuelle en points (Arrco-Agirc) à la totalité du salaire, une pension de 1 600 euros passerait à 1 000 euros ».

L'exécutif a confirmé la mise en place d'un système universel par points en lieu et place des régimes spéciaux, tout comme la fameuse décote imposée aux retraités faisant valoir leurs droits avant 63 ans. C'est sur ce cahier des charges que le nouveau gouvernement va s’atteler à rebâtir l'architecture du système. Pour l'en faire dévier, il va falloir expliquer, décrypter, déjouer les pièges de la communication gouvernementale, proposer d'autres pistes, mobiliser les salariés et les retraités. Ces derniers seront d'ailleurs mobilisés cette semaine, le 18 octobre contre la baisse de leur niveau de vie. Ce qu'ils dénoncent depuis des mois dans une large unité syndicale n'est que l'avant-goût de ce qui attend les actifs d'aujourd'hui.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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