Covid 19 : la crise est aussi sociale

Avec un doublement des cas en fin de semaine dernière, 5 423 cas de Coronavirus COVID-19 confirmés dimanche 15 mars et aussi 127 personnes décédées depuis le début de l'épidémie dans l'Hexagone, notre pays a atteint le stade 3 de l'épidémie, qui correspond à une circulation active du virus sur l'ensemble du territoire.

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Dès samedi 14 à minuit le pays a commencé à s'arrêter et dès ce lundi 16, les entreprises et toute l'activité économique, sociale, industrielle du pays va passer en mode ralenti, dégradé voire en pause complète. Cela alors que depuis maintenant près de deux semaines, de nombreux travailleurs et travailleuses sont, au mieux en télétravail, au pire ont tout bonnement perdu leur emploi. Au-delà de l'angoisse terrible que suscite cette épidémie, notamment pour les plus fragiles et les plus âgés, c'est le spectre d'une crise économique et sociale majeure qui se dessine. Si depuis 2008, on guettait quelle bulle spéculative allait bien provoquer le prochain effondrement boursier, bien rares sont les spécialistes « toutologues » qui dissertent à l'envie sur les plateaux de télé à s'être émus de l'hyper-dépendance et de la fragilité de notre industrie vis à vis de la Chine.

Dès que les masques FFP2 ont commencé à manquer, les contempteurs du libéralisme se sont réveillés avec des états d'âme en se demandant si ce virus n'allait pas devoir inciter nos économies à relocaliser. Tout en nous expliquant la dégringolade des bourses sans bien sûr nous dire que si les places financières viennent de brûler des milliards c'est parce que les financiers ont d'abord réalisé leurs bénéfices en pariant, en spéculant sur cette chute. Et gageons que lorsque Covid 19 aura passé, les gouvernements libéraux comme le nôtre s'accorderont pour mutualiser les pertes et faire payer aux peuples l'addition qui s'annonce très très lourde. La crise de 2008 n'a-t-elle pas servi à justifier toute la dérégulation du marché du travail ? En attendant, cette fois, c'est l'économie réelle qui va souffrir à nouveau. A la fois de cet effondrement mais aussi de l'arrêt des activités qui va fragiliser et saper d’abord les entreprises les plus fragiles et les salarié.e.s les plus précaires. L’encadrement est en première ligne pour adapter et réorganiser les activités professionnelles et protéger les équipes de travail. Face aux pressions financières, nous aurons à faire primer l’intérêt général et la sécurité des salarié.e.s.


En silence, nombre de périodes d’essai ont déjà été interrompues, nombre de CDD, de contrat d’intérim, non renouvelés. Que dire de la situation des indépendants, au cœur du modèle de la start-up nation que l’on nous avait tant vanté ? Pour celles et ceux qui sont déjà au chômage, retrouver un emploi dans ce contexte est tout bonnement impossible. Suite à l’exigence portée par la CGT et l’ensemble des organisations syndicales, nous avons gagné le report au 1er septembre de la réforme de l’assurance chômage. C’est une première brèche pour gagner le retrait de cette réforme injuste, comme de celle des retraites.


Autre mythe, celui du télétravail en gardant les enfants. Les femmes qui assument toujours 73% des tâches domestiques apprécient déjà. Pas question que certains employeurs peu scrupuleux en profitent pour mettre en place des mesures disciplinaires contre celles (et ceux) qui ne pourraient plus travailler du fait de leurs charges de famille !


Cette épidémie arrive aussi hélas dans un paysage sanitaire en crise profonde. Voilà un an que les professionnels de l'hôpital crient leur détresse, leur rage de ne pas pouvoir soigner correctement sans être entendus ni soutenus par ce gouvernement. Ces professionnels aujourd'hui aux avant-postes de l'épidémie ne sauraient se contenter de phrases creuses, d'encouragements lénifiants. Ils manquent de tout, à commencer par les moyens les plus élémentaires pour éviter d'être contaminés et de contaminer eux-mêmes, ils manquent de bras, de lits, d'appareillages. Hélas, le chèque en blanc annoncé par Emmanuel Macron risque de ne pas suffire ou d'arriver bien tard pour faire face et l'angoisse des soignants est d'abord d'avoir à gérer la pénurie. Quand Covid 19 aura passé, nul doute que la rage des soignants explosera de nouveau.


En attendant, tout doit être fait pour endiguer le coronavirus. Et il serait inconcevable que le gouvernement mette tout le pays à l'arrêt et profite de ce moment pour continuer le passage en force de la réforme des retraites par points. Dans ce contexte, les organisations syndicales qui combattent cette réforme ont demandé le 9 mars la suspension du processus législatif.


Une période inédite s’ouvre. L’isolement nécessaire d’un point de vue sanitaire peut être très dangereux d’un point de vue démocratique et social. L’accès à l’information, la transparence et la liberté d’expression vont être déterminants pour protéger nos droits démocratiques les semaines à venir. L’UGICT-CGT se réorganise pour pouvoir être au rendez-vous de ses responsabilités démocratiques et sociales. Continuez à nous solliciter via contact@ugict.cgt.fr

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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