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Billet de blog 16 avr. 2018

De l'art de cirer les pompes

Après avoir sursaturé les médias depuis son élection avec une stratégie de communication qui ne laisse aucune place aux questions gênantes, Emmanuel Macron s'est prêté par deux fois dans la même semaine au jeu de l'interview.

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Et quelle interview ce jeudi dans la petite école d'un village de l'Orne ! On a senti le front d'Emmanuel Macron se perler de sueur lorsque Jean-Pierre Pernaut l'a cuisiné violemment sur la grève des cheminots en commençant par lui diffuser un reportage d'une impartialité absolue : « C’est la cata... » « C’est la merde ! » « C’est la galère ! » « Ils nous prennent tous en otages », « C'est infernal, c'est inadmissible ! Y en a pour trois mois », « Ils vont nous bloquer pendant trois mois, c’est pas tenable » « Bloquer les TER, c’est infect parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont travailler. » Le ton est donné, le pouls de l'opinion est pris... vox populi vox dei. Voilà de l'investigation sans concession... qui ne donne pas la parole aux cheminots, pas plus qu'aux dizaines de milliers de donateurs aux collectes de solidarité avec les cheminots grévistes.

Avec une audace inouïe, voilà Pernaut qui demande des comptes à son altesse sérénissime : « on ne vous a pas encore entendu sur cette grève des cheminots, sur l’opinion des usagers qui commencent à s’échauffer. Vous voulez aller jusqu’au bout, au risque de perdre l’opinion ? Vous pensez aux gens qui sont coincés dans les trains ? » Voilà une belle leçon de journalisme cire-pompes qui offre sur un plateau à Emmanuel Macron la possibilité d'insulter ceux qui contestent ses réformes en les traitant d'« agitateurs professionnels ».

Cette séquence de communication en dit long sur les difficultés du chef de l'Etat à convaincre l'opinion du bien fondé de ses réformes à marche forcée autant que de ses méthodes de gouvernement. Sur ce point depuis un an et à mesure que l'on rentre dans le dur, l'exécutif se révèle brutal, insultant, fort contre les plus faibles. Prêt à employer la force contre les étudiants ou les zadistes, le gouvernement a fait le choix d'un durcissement.


Macron est à la peine pour convaincre et son image de Président des riches lui colle à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock. Deux sondés sur trois (67 %) jugent que sa politique menée depuis un an est « favorable aux plus aisés », selon un sondage Elabe diffusé samedi. Son action est jugée « décevante » pour 44 % des personnes interrogées et 36 % ne « trouvent rien de positif concernant Emmanuel Macron » qui est jugé déconnecté des réalités quotidiennes par 32 % des sondés et arrogant par 3 Français sur dix.


Ces chiffres ne traduisent pas un désenchantement, mais bien la persistance d'une très faible adhésion des Français au logiciel politique d'Emmanuel Macron. Sa victoire au second tour de la présidentielle n'a d'autre signification que le refus de voir la fille Le Pen à l'Elysée, elle ne peut faire oublier que seuls 18 % du corps électoral s'était prononcé en faveur de son programme au premier tour.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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