La liesse avant le retour aux réalités

Il y a peu de chance que dans cette semaine de délire, de célébration footballistique, de consensus quasi-obligatoire que les questions sociales puissent faire mieux qu'un entrefilet ou un vague titre enterré au fond du JT.

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Pourtant ce 17 juillet, se tiendra à l'Elysée une sorte de grand'messe sociale. Emmanuel Macron réunit mardi à l'Elysée syndicats et patronat le matin, puis les cent premières entreprises françaises l'après-midi pour faire passer « un message de mobilisation pour que les organisations syndicales et patronales » se saisissent des réformes déjà actées « pour faire vivre le dialogue social », dit-on à l'Elysée.

Emmanuel Macron les avait déjà reçus, mais séparément en mai et octobre 2017, avant les ordonnances travail et la réforme de la formation professionnelle, tenant à chacun des discours différents pour finalement exaucer les vœux du Medef. Mais cette fois, échaudés par le jeu très « perso » du PDG de la « start-up nation », syndicats et patronat se sont réunis la semaine passée pour tenter de reprendre la main sur la fixation d'un agenda social. Pas facile en effet pour les « corps intermédiaires » d'exister face à ce gouvernement qui a déjà pris de court syndicats et patronat, en leur demandant de rouvrir des négociations dès septembre, alors qu'une réforme est en cours d'examen au Parlement.


Au cœur de cet été la tentation sera grande pour le chef de l'Etat, de croire qu'il peut surfer sur ces images d'une France qui gagne. De croire comme il aime à le dire que « France is back ». Car c'est un pays fracturé, profondément inégalitaire qui donne en ces journées le sentiment de communier.

Vingt ans après l’éphémère embellie de 1998 pour Jacques Chirac, Emmanuel Macron, en recul dans les sondages ne profitera pas longtemps d'un effet Coupe du Monde. Sa majorité a cru qu'elle pouvait profiter de ce que les Français regardaient les Bleus à la télé pour effacer les mots « Sécurité sociale » de la Constitution. Elle en a été empêchée par une levée de boucliers syndicale et politique, mais cet événement montre combien il est plus que jamais indispensable de rester lucides. Macron reste durablement, mais à juste titre, perçu comme le Président des riches.

Sa distance avec les préoccupations et la vie réelle des Français ne tardera pas à refaire la une. Lorsqu'en effet par exemple sera présenté le « plan pauvreté », personne n'oubliera qu'il en a différé l'annonce pour cause de Coupe du Monde.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Photo : par @damienramage

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