Le feu aux poudres

Le discours d'Édouard Philippe mercredi dernier n'a pas changé la donne sur le fond de la réforme, mais il a incontestablement renforcé la contestation sociale qui s'est élargie aux trois syndicats favorables à la transformation en régime unique par points, mais opposés eux aussi à l'instauration d'un âge pivot qui de fait est un nouveau recul de l'âge de la retraite.

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« Édouard Philippe a mis le feu aux poudres », résume l'Ugict-CGT sur son site dans un décryptage en dix points du discours du chef du gouvernement. Emmanuel Macron a donc désormais face à lui un front syndical très large. Les annonces gouvernementales confirment que toutes les craintes émises depuis deux ans, notamment par la CGT, étaient parfaitement fondées. Ne peuvent être déçus que ceux qui font encore une confiance béate à la négociation sans rapport des forces, mais en l'occurrence il n’y a rien eu d'autre que des concertations. La plus-value de ces simulacres de dialogue social est proche de zéro. Et désormais, la confrontation sociale est incontournable pour faire reculer le gouvernement et promouvoir une autre réforme du système de retraite.

La réforme annoncée confirme toutes les analyses que la CGT a faites depuis des mois. Nous serons toutes et tous perdants, que nous soyons employés, ouvriers, cadres, techniciens, que nous soyons salariés du privé comme du public, que nous relevions du régime général ou que nous cotisions à un régime spécial ou particulier. Et chose très grave, cette réforme qui sacrifie les générations futures prépare le terrain d'une mise en pièces de tout le système de protection sociale. En effet, pourquoi les salariés de demain accepteraient de payer les retraites de leurs aînés, s'ils n'ont pas la certitude d'être correctement couverts plus tard ? Dès lors, plus rien n'empêchera la mise en concurrence d'une Sécurité sociale qui n'aurait plus de raison d'être obligatoire avec des assurances.

Non content de faire une réforme systémique le gouvernement tripatouille les paramètres actuels de départ en retraite dès l’année prochaine entrainant le recul de celui-ci. Ainsi, toutes les classes d’âge et toutes les professions du public et du privé sont concernées par les mesures annoncées par le Premier ministre. Il enferme le futur système dans une loi d'airain qui bloquera au niveau actuel de 14 % toute évolution de la part des richesses créées destinées au financement des retraites. De fait, il condamne les Français à une baisse programmée des pensions. Et les « garanties » de gouvernance qu'il prétend mettre en œuvre pour fixer l'évolution des pensions ne sont que poudre aux yeux. On a vu avec quelle rapacité Macron a fait main basse sur la gouvernance et la gestion de l'assurance chômage pour imposer des mesures ineptes et injustes.

Dans cette nouvelle séquence de la mobilisation, on ne peut pas exclure que l’exécutif ait fait le choix d’introduire l’âge d’équilibre, pour mieux y renoncer afin de donner du crédit aux organisations syndicales qui trouvent grâce à ses yeux. Le retraite de l’âge pivot serait un signe positif, certes, mais il ne suffira pas à rendre cette réforme plus désirable. C’est toute sa philosophie qui est néfaste. Il est donc plus que jamais nécessaire de faire grandir la mobilisation et notamment ce mardi 17 décembre.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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